Les "Bons" joueurs et les joueurs Gagnants

bff 9710
Tous les joueurs ne se ressemblent pas.

La plupart des gens partent du principe qu'un bon joueur de poker est un joueur qui gagne et vice versa.

Je ne crois pas que ce soit la vérité, mais distinguer les deux est plus difficile qu'il n'y paraît.

Un joueur « qui gagne » est un joueur qui, sur une période de temps suffisante et avec un nombre de mains assez conséquent pour que les données soient statistiquement exploitables, remporte plus d'argent que ce qu'il a misé.

La notion de « bon » est un peu plus difficile à définir. On peut être un bon joueur et ne pas gagner. Oui, je sais, ça paraît bizarre. Mais ça ne l'est pas.

Comment devenir bon au poker

J'ai déjà eu fait un peu de psychologie de supermarché à propos du zen. J'ai parlé de l'aspect affectif du jeu et des manières de maintenir un équilibre émotionnel quelles que soient les circonstances.

En gros, tout ça, ça peut faire de vous un « bon » joueur. Si ça pouvait aussi faire de vous un joueur « qui gagne », tant mieux, mais ce n'est ni nécessaire, ni garanti.

En effet, ce n'est pas si simple que ça de déterminer ce qui fait un bon joueur. Pour commencer, les bons joueurs s'amusent quand ils jouent, et ils ont plutôt intérêt vu qu'ils vont certainement perdre.

negreanu7
Devenir bon demande de comprendre certaines choses.

Peu de joueurs sont dans le positif à long terme, parce qu'ils ne sont pas assez réguliers et/ou à cause des commissions ou du fee des tournois.

Beaucoup de joueurs (la plupart ?) ne se rendent pas compte de l'importance de cette commission dans les parties à bas enjeux, c'est-à-dire là où joue le plus de monde.

Dans une partie en 2$/4$, le rake maximum va du raisonnable (3$) au terrible (5$), et j'ai même parfois vu jusqu'à 6$ !

Ajoutez à cela le pourboire du croupier (quand vous jouez en live) et dans certains cas le prélèvement pour le bad beat jackpot dont sont étrangement (et malheureusement) friands les joueurs et au final c'est l'équivalent de deux big blinds qui part avec chaque pot.

Du coup, il est quasi impossible de passer outre le rake.

Donc même s'il est agréable de gagner de l'argent, la vérité c'est que ce ne sera pas le cas pour la majorité d'entre vous. Autant se faire à l'idée.

Le poker n'est qu'un jeu

Le poker est essentiellement un jeu. S'amuser coûte de l'argent. Aller au ciné coûte de l'argent, aller au stade coûte de l'argent, aller au restau' coûte de l'argent.

« Perdre » de l'argent dans le cadre de ces autres formes de divertissement ne nous pose pas de problèmes, et c'est exactement comme ça que les « bons » joueurs voient le poker. Ou tout du moins ils l'acceptent.

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Les bons joueurs pensent constamment au jeu.

Les bons joueurs sont aussi ceux qui réfléchissent au jeu, à la façon dont ils jouent et dont jouent les autres. Ils lisent poker, parlent poker, et sont membres actifs des diverses communautés en ligne consacrées au poker.

Si vous n'en faites pas encore partie, jetez-vous à l'eau. Vous y trouverez un impressionnant panel de gens intelligents et sympas, et puis bien sûr, à l'occasion, un ou deux trolls.

Il faut les ignorer. Les bons joueurs sont ceux qui voient le poker comme un hobby comme un autre où ils n'arrêtent jamais d'apprendre et de progresser.

Les bons joueurs essayent également d'être réguliers. Bien sûr la fluctuation (variance) est inhérente au poker, et tous les joueurs ont leur hauts et leurs bas, mais il est plus facile de s'amuser quand ces aléas sont maîtrisés.

Atténuer la variance vous permet aussi plus facilement de jouer à votre meilleur niveau. Il y a peu de choses qui déstabilisent autant un joueur « moyen » que de perdre une grosse somme d'un coup.

Le jeu le plus compliqué du monde ?

Ce qu'on oublie souvent de rappeler dans toutes ces discussions, c'est que le poker est probablement le jeu « populaire » le plus complexe.

Le poker est plus complexe, implique plus de degrés de stratégie, et est beaucoup plus difficile à maîtriser que d'autres jeux considérés comme compliqués comme le bridge ou les échecs.

Vous autres génies des échecs pouvez crier au scandale tant que vous voulez, si vous connaissez assez bien les deux jeux, vous savez que j'ai raison.

Peut-on gagner au poker sans être bon ?

Bon, maintenant on sait pourquoi on peut être un « bon » joueur mais ne pas gagner. Mais l'inverse est-il possible ?

Tout à fait. Ce n'est pas courant, mais il y en a. D'après moi, et vraiment je n'ai aucune donnée là-dessus, juste mes impressions, il y a au moins trois types de joueurs qui gagnent sans être vraiment bons.

D'abord, il y a les joueurs hyper-agressifs, pour qui l'argent n'est que secondaire et qui voient le jeu comme un combat à mort et une bonne occasion de satisfaire leur ego.

Ces gens-là (et le plus souvent ce sont des hommes) peuvent avoir un solde positif sur le long terme, mais ne correspondent en aucun cas à notre définition d'un bon joueur.

allen kessler 30125
Si un petit gain tombe dans la forêt, quelqu'un l'entend-il ?

Mais faire un tour à tilt-ville tuera leur jeu. Le fait d'aborder chaque partie de manière ultra-compétitive finit par se payer cher.

Et, encore plus important, jouer de cette façon implique une grosse variance, ce qui veut dire que ce genre de joueur ne sera pas souvent au top.

La plupart de ces accros à l'adrénaline ne seront plus dans le haut du tableau dans 10 ans, à moins qu'ils changent radicalement de stratégie.

Et puis il y a les inamovibles, les serrés de chez serré. Par définition leur style de jeu "tight" fait qu'ils ont une EV (espérance de gain) positive à long terme et donc qu'effectivement ils « gagnent ».

Mais ils ne seront jamais de « bons » joueurs. Ce sont des radins qui sont là pour grappiller trois sous pour payer le restau', le crédit de la voiture ou le loyer.

Ils ne passent pas un bon moment, ne s'amusent pas. Pour eux, jouer au poker est presque un boulot.

Ils n'ont pas de « meilleur niveau » parce qu'ils veillent tellement jalousement sur leur tapis qu'ils ne peuvent que rester un niveau en dessous. Tant mieux pour eux, mais je ne pourrais pas passer ma vie à jouer ainsi.

Et puis il y a moi

Pour finir, il y a les gens comme moi. J'ai une EV positive sur le long terme. Je le sais parce que je rentre mes résultats dans un tableau et que je suis terriblement honnête avec moi-même.

Mais je ne pense pas être bon. D'ailleurs, j'écris à propos du poker mieux que je n'y joue.

J'ai le cerveau qui bugge trop souvent et trop souvent je déconnecte complètement et finis par faire quelque chose de complètement stupide.

Ce genre de défaillances mentales anéantissent en un instant des heures passées à être un « bon » joueur. Encore pire, je m'en veux énormément et finit par hurler à la lune comme un loup dont la proie s'est échappée.

Dans ces moments-là, ce qui est sûr c'est que je ne m'amuse pas et, d'après ma propre définition, je ne suis donc pas un « bon » joueur.