Jason Alexander : « George Costanza serait nul au poker. »

Jason Alexander
Jason Alexander

Jason Alexander, que vous connaissez sûrement mieux comme l'acteur qui jouait George Costanza dans Seinfeld, fait partie des habitués des cercles de poker hollywoodiens depuis des dizaines d'années.

Alexander qui a joué au poker avec Teri Hatcher et Kevin Pollak et a des anecdotes qui vont de confrontations old school entre Steve Martin et Neil Simon aux parties actuelles avec Matt Damon et Leonardo DiCaprio. Il raconte même une partie assez insolite avec entre autres Martin Short et Steven Spielberg...

Il nous explique également comment la célébrité et le poker ont évolué et pourquoi George Costanza ne ferait pas un bon joueur de poker.


Comment t'es-tu lancé dans le poker ?

Quand on gagne sa vie comme je le fais, il est quasiment impossible de ne pas s'y mettre. C'est le jeu idéal pour tuer le temps sur les tournages.

Je pense que j'ai découvert le poker quand j'étais au lycée ou à la fac et que je faisais du théâtre. Mais à cette époque-là, mais connaissances se limitaient à « cette main bat celle-là ».

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Légende.

Et puis, fin des années 90 – début des années 2000, c'est devenu très à la mode de voir des célébrités jouer au poker à la télé. On m'y a invité, va savoir pourquoi. Je ne sais même pas comment ils ont pu penser que je connaissais quoi que ce soit au poker.

À l'époque, mon agent représentait aussi Phil Hellmuth et j'imagine qu'il leur a demandé si je voulais un petit cours particulier.

Étant un peu arrogant, j'ai refusé en disant que je jouais depuis mes 17 ans, mais mon agent m'a fait comprendre que c'était un peu idiot de refuser une proposition du Champion du monde.

En 5 minutes, Phil m'avait retourné la tête. J'avais des milliers de questions : "je dois faire ça ? Quoi ? Ça veut dire quoi ? Comment tu fais ça ?"

C'est ça qui m'a vraiment fasciné, comme pour le métier d'acteur. Quand je jouais au lycée, je n'y connaissais rien. J'apprenais mes textes, je montais sur scène et je faisais mon truc. Je pensais que c'était pareil pour le poker.

Puis je suis allé à l'université et on m'a appris qu'il y avait de vraies compétences et techniques à acquérir et plein d'autres. C'est ce qui m'a vraiment intéressé.

Pareil pour le poker. Dès que j'ai compris qu'il était question de talent, de techniques et tout ça, j'étais très excité. Je sais que je ne les maîtriserai jamais, mais pouvoir les utiliser et les comprendre est vraiment génial.

Et puis le poker est vraiment un jeu d'acteur. Je me suis dit que si je pouvais y introduire mes capacités en tant qu'acteur, ça pourrait être sacrément marrant.

Je ne fais pas de golf. Je fais pas grand chose, en fait. Du coup c'est un peu mon golf à moi. Ça me permet de rencontrer des gens, de profiter d'un peu de compétition amicale et de se faire des amis si on se débrouille bien.

Et puis ce que j'aime c'est qu'il ne suffit pas d'avoir, par exemple, une paire d'as pour gagner. C'est cette complexité qui m'a accroché et qui m'a poussé à vouloir lire et apprendre, pour comprendre.

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Kevin Pollak, un de ces autres acteurs et joueurs de poker de talent.

Tu es un acteur de télévision, de cinéma et de théâtre. Quels acteurs sont les meilleurs au poker ?

Je dirais les acteurs de cinéma, parce que le cinéma c'est l'art du gros plan.

Au théâtre il n'y a pas de caméras et à la télé, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les caméras ont tendance à rester assez éloignées. Au cinéma, quand ta tête fait trois mètres de haut et que la caméra est à 5cm de toi, on remarque les moindres détails.

Une fois, un de mes profs m'a dit : « Pense, ne joue pas. Pense et ça se verra à l'écran. »

C'est quelque chose qu'il faut d'abord comprendre, puis apprendre et savoir l'utiliser à son avantage à la table de poker.

En ce qui me concerne, je suis plutôt spécialiste du théâtre et de la télé (rires), donc je ne peux pas en tirer autant profit que Matt Damon ou George Clooney. Damon est vraiment un très bon joueur.

Y a-t-il d'autres acteurs que tu considères comme de très bons joueurs ?

Kevin Pollak est très fort.

Personnellement je n'ai jamais joué avec eux, mais j'ai des amis qui l'ont fait, et Damon et Affleck sont très bons. Tobey Maguire aussi. DiCaprio est aussi très solide.

Et puis on sait tous que Jennifer Tilly est une excellente joueuse.

Parmi les meilleurs joueurs chez les célébrités, il y a deux femmes. Il y en a une qui ne cache absolument pas son talent, c'est Mimi Rogers. Et l'autre qui avance masquée en faisant comme si elle ne savait pas qui bat quoi, c'est Teri Hatcher.

Cheryl Hines est aussi très douée. Il y en a tellement. Il y a presque un circuit. Je joue très souvent contre tous ces gens et je suis toujours très étonné de leur régularité.

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Cheryl Hines

Comment on se retrouve dans ce circuit, justement ?

Tu es invité à une partie, et si on t'aime bien, ça devient régulier. Puis une personne de ce groupe qui participe à d'autres parties régulières fait tourner ton nom.

J'ai entendu parler de certaines parties assez mythiques mais je ne sais pas si elles ont toujours lieu. Il paraît que les parties de Ben Affleck et DiCaprio sont énormes, mais je n'en sais pas plus.

Quand j'ai débarqué à Hollywood, il y avait déjà quelques parties, notamment avec John Huston, Steve Martin et Neil Simon. C'était un peu old school mais ils jouaient beaucoup d'argent et ne plaisantaient pas.

Et puis il y a eu la table de la coloscopie de Martin Short.

La table de coloscopie ?

Marty Short est le meilleur ami de Steve Martin, Chevy Chase, Steven Spielberg et d'autres grands noms.

À chaque fois qu'ils doivent faire une coloscopie, ils ont un rituel. La veille, quand tu dois boire le truc et que tu vas aux toilettes toutes les 5 minutes, ils se retrouvent tous chez l'un d'entre eux, de préférence où il y a beaucoup de toilettes. Ils jouent au poker toute la nuit, et se débrouillent pour programmer leurs coloscopies à peu près au même moment. Donc le lendemain, ils vont passer leur examen et ensuite ils se font une grosse bouffe tous ensemble. Ces parties doivent être folles. Je n'y ai jamais participé mais ça doit être génial.

Comment le poker hollywoodien a-t-il évolué ces dernières années ?

C'est devenu une mode.

Comme je le disais, difficile de passer à côté dans ce domaine donc quasiment tout le monde y a joué au moins une fois. Mais maintenant il y a énormément de tournois caritatifs.

Chaque semaine, à Los Angeles, il y a des galas de bienfaisance pour ceci ou cela. Ça peut vite devenir ennuyeux, on y retrouve toujours les mêmes choses. Grâce au poker, on a pu développer un nouveau type d'événements auquel tout le monde pouvait participer activement. Ça marche très bien.

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Jason Alexander au PCA 2015.

À chaque tournoi, on croise de nouveaux joueurs. Par exemple des acteurs qu'on vient de découvrir dans une série et que quelqu'un a invité. Ils ne connaissent rien au poker mais ils veulent participer.

Les tournois caritatifs ont vraiment changé la vision du poker à Hollywood.

As-tu le sentiment d'avoir progressé avec les années ?

Oui, mais ce n'est pas régulier. Je ne peux pas dire « hier j'étais un 10, aujourd'hui je suis un 20 et demain je serai un 30. »

Je serai un 30 pendant trois semaines, puis tout d'un coup paf, de nouveau un 10. Comme je ne joue pas suffisamment, j'en suis encore à essayer des choses que je ne maîtrise pas toujours, des techniques, des idées.

Parfois je change mes priorités. Au lieu d'essayer de jouer le joueur, je joue les probabilités, et c'est tout ce que je fais.

Du coup je progresse un peu. Puis je me dis : « allez, on oublie les maths et on se concentre sur la position ». Et je ne pense plus qu'à ça : position, position, position.

C'est très important et ça permet de progresser et de comprendre, mais il ne faut pas s'en contenter.

Mon problème c'est que je n'arrive à me concentrer que sur une seule compétence à la fois pour voir quel impact ça a sur mon jeu.

Je n'ai pas assez d'expérience pour travailler plus globalement. J'essaye quand même de le faire pendant les tournois.

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Jason Alexander veut s'améliorer.

Chez les acteurs, on dit qu'il faut travailler sur tes outils pendant les répétitions. Peu importe que ce soit mauvais, puisqu'il ne s'agit pas encore de la performance. C'est à ce moment-là qu'il faut perfectionner ses outils, ses techniques et tout décortiquer.

Si vous pouviez voir un acteur lors des répétitions, vous le trouveriez sûrement très mauvais. Mais chaque répétition est très riche en enseignements.

Mais lors de la vraie performance, il ne faut pas travailler, il faut juste être. Faire confiance à ce qu'on a exploré. Faire confiance à ses techniques et outils. Être dans l'instant, le vivre.

C'est aussi ce que j'essaye de faire en tournoi. Je refuse de me concentrer sur une compétence en particulier, je laisse le tout s'exprimer. Ce n'est pas le moment de travailler, c'est le moment de jouer. Alors joue ton jeu et on verra bien.

Je ne me fais pas d'illusions, je ne pense pas gagner un tournoi. Tout ce que je veux c'est que lorsqu'on me bat, on se dise : « Il a bien joué. »

C'est tout ce qui m'intéresse. Pour moi, c'est le meilleur moyen d'apprécier un tournoi.

Je joue pour m'amuser et rencontrer des gens sympa. C'est un loisir, pas un travail. Je veux quitter le tournoi avec le sourire et le sentiment d'avoir bien joué. Même si je sais que ce ne sera probablement pas avec un chèque dans les mains.

Et la célébrité, tu as l'impression que ça a évolué avec les années ?

J'aime croire, et je pense que c'est vrai, que c'est devenu un peu moins « important ».

Maintenant, on peut devenir une célébrité pour une vidéo stupide faite avec son smartphone et qu'on a mise sur YouTube. Du coup, il a une recrudescence de personnes connues, alors qu'avant on ne les croisait qu'à New York ou Los Angeles.

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Les gens aiment toujours rencontrer "George Costanza."

Aujourd'hui, tu peux croiser la plus grande célébrité du jour à l'épicerie du coin, donc les gens sont moins impressionnés.

Pour moi personnellement, comme Seinfeld est toujours aussi connu et ce depuis maintenant très longtemps, je suis surtout surpris (et heureux) de voir que c'est aussi important pour beaucoup de gens.

Je reçois des lettres qui me touchent beaucoup, dans lesquelles des fans m'expliquent que la série les a aidés à traverses des moments très difficiles. Quand les gens ont cette relation-là par rapport à toi, ce genre de reconnaissance, c'est très fort.

Et puis il y a des gens qui, quand ils me croisent, disent « oh, c'est George ! ». Ils s'en fichent de Jason, ce n'est pas Jason, c'est George Costanza qu'ils viennent de croiser dans l'ascenseur.

Je pense que c'est très particulier parce que ça n'arrive pas à des gens comme Brad Pitt ou George Clooney. Dans mon cas, ça n'a rien à voir avec moi-même.

C'est juste qu'ils aiment George et que soudain ce personnage de fiction qu'ils ont le sentiment de connaître si bien est là, juste devant eux. C'est ça qui les fait réagir.

Je me balade souvent à Hollywood ou à New York avec des amis objectivement bien plus connus que moi, et oui, les gens les reconnaissent, mais les réactions n'ont rien à voir. Ils hallucinent.

(Il hausse les épaules) J'étais George, c'est comme ça.

Quel genre de joueur de poker serait George Costanza ?

Très mauvais. Il est complètement transparent. Je crois que même Jerry lui a dit un jour qu'il n'avait aucun jeu.

L'injustice d'un bad beat le rendrait complètement fou pendant plusieurs heures. Et il est tellement facile à lire. Non, il serait vraiment complètement nul.

Lequel de tes personnages serait le meilleur joueur de poker ?

Peut-être Duckman...

De mes personnages, waouh...

Peut-être l'avocat que je jouais dans Pretty Woman, j'imagine qu'il serait pas mal.

 

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