Bio joueur : Men NGuyen

Men

Men NGuyen est connu sur le circuit sous le surnom de "The Master" (Le Maître). En plus de l'admiration qu'il suscite de par son jeu, et malgré quelques sombres affaires de triche, Men est aussi célèbre pour sa nature bienveillante.

L'homme est en effet grandement venu en aide à la population de son Vietnam natal, ainsi qu'aux nécessiteux de New York après les attaques du 11 septembre 2001.
Mais pour mieux cerner le personnage, revenons quelques années en arrière.

En 1976 le Vietnam est réunifié par le régime communiste d'Hanoï. Economie, répression, les temps sont durs, et Men quitte son pays en 1978 sur un "boat people" (bateau de réfugiés).
Mais une fois atteints les Etats-Unis, ce ne fut pas une partie de plaisir pour autant. Men raconte :
« Je n'ai pas réalisé à quel point cela pourrait être difficile dans un nouveau pays. Je ne parlais pas anglais, et je n'ai pas pu trouver de travail pendant trois mois. J'ai alors pris des cours d'anglais, trois fois par semaine. Finalement trois mois plus tard je trouvais un boulot à temps partiel, livreur de meubles... des tables, des chaises, lits et sofas. Je me faisais 10$ par jour. Une fois que j'ai été capable de parler un peu anglais, j'ai trouvé un job de machiniste. Ce que j'ai fait pendant presque huit ans. »

Puis viennent ses première expériences dans les casinos américains.
« Je connaissais le 5-card Stud dans mon pays, mais nous ne jouions qu'avec 28 cartes, des 8 aux As. Ici ils jouaient le 7-card Stud avec un jeu complet bien sûr.
Je me suis assis dans une partie à 15$/30$. Il s'agissait de gros enjeux pour ma bankroll à cette époque, notamment parce que je ne savais pas comment jouer. Je ne connaissais même pas le terme "buy-in", alors j'ai demandé « de combien d'argent ai-je besoin pour jouer ? ». Le responsable me dit que je devais démarrer avec 300$. Je les ai perdus. Je suis entré de nouveau et j'ai à nouveau perdu 300$. Mais je n'allais pas abandonner.
J'ai perdu 2100$ en quelques heures. Tout cet argent, je l'avais économisé avec mon boulot de machiniste à 12$ de l'heure.

Premiers pas en tournois

Je suis reparti chez moi et j'ai pensé au poker durant toute la semaine.
Le week-end suivant, je suis retourné au Caesars Palace et j'ai cette fois dominé la partie en repartant avec 3500$. Là j'ai aimé le poker. Du coup je me suis mis à jouer tous les week-end au Caesars. Et puis un week-end avait lieu un grand rendez-vous au Dunes. J'ai joué quelques heures au craps pour me qualifier, et puis je me suis rendu à la salle de poker. Je les ai vu jouer une partie de 7-card et je me suis inscrit. A la deuxième main je reçois des as splittés (un visible et un caché), et un roi. J'ai misé et relancé tout du long, et ai tout raflé avec un full aux as par les rois. Un joueur me relança à la river ; je le relance en retour ; il sur-relance, je relance encore une fois de plus, et il suit. Je montre alors ma main. Il avait une couleur... avec que des petites cartes. Je me suis dit « je l'ai eu ». »

Sur ces débuts en tournois :
« J'ai commencé à jouer des tournois en 1986. Un jour je suis allé au Dunes pour jouer au high-low, mais il n'y avait pas de partie. Le responsable annonça que « tout le monde était au Stardust pour y jouer le tournoi qui s'y tenait ». J'ai alors pris un taxi pour y voir que Bob Thompson y organisait un tournoi de 7-card Stud Eight-or-better. J'y ai pris part et j'ai fini 8ème. Il y avait plus de 300 joueurs pour un buy-in de 330$. C'est Johnny Moss qui le remporta. J'ai en tout cas aimé l'excitation procurée.
Un an plus tard, j'ai remporté mon premier tournoi. C'était au Bicycle Clu... une épreuve de 7-Card Stud Hi-Lo Eight-or-better du Diamond Jim Brady. J'y ai récolté plus de 27 000 $. C'était encore Bob Thompson qui organisait ce tournoi.

Et puis en 1988 j'ai commencé à jouer des tournois de No-Limit Texas Hold'em. Je n'avais encore jamais joué au Hold'em ou en No-Limit auparavant.
J'ai été particulièrement chanceux dans un tournoi organisé par Amarillo Slim Preston au Caesars Palace, lorsque j'ai gagné une grosse main face à Johnny Chan. J'avais
Q J et un valet est apparu au flop. Johnny a essayé de me sortir de la main. J'aurais dû me coucher, mais je n'étais pas encore au fait de tout à l'époque. J'ai suivi son all-in, et j'ai gagné. La main m'a permis d'arriver en heads-up, et Johnny proposa un deal. Arrangement que j'ai accepté, ce qui m'aura fait repartir avec 44 000 $.
Cette semaine là j'ai acheté un magasin de meubles et un autre de teinturerie à Los Angeles. Et puis en 1990 j'ai vendu ces deux affaires pour devenir joueur de poker professionnel à plein temps. Les affaires ne faisaient pas tant d'argent, et ça me donnait mal à la tête.
»

The Master est un bouddhiste pratiquant, et il incorpore des éléments de cette philosophie à la fois dans son jeu de poker et dans son enseignement. Il a la réputation d'être l'un des meilleurs professeurs dans le monde du poker, activité à travers laquelle il prône des normes rigoureuses pour ses étudiants, particulièrement en ce qui concerne l'honnêteté.

Le côté sombre

Au milieu de toutes ces belles intentions, pourtant, de nombreuses rumeurs de triche se sont déjà élevées au sujet de Men, à propos d'affaires de collusions aux tables (telles que chip dumping) avec ses élèves vietnamiens parfois financés par ses soins, ou de comportements douteux dénoncés par Justin Bonomo ou Daniel Negreanu.

Men clame pourtant qu'il ne tolérera jamais que quelqu'un joue à la légère contre lui du fait de son statut.
« Un tournoi ne se gagne pas ou ne se perd pas sur une seule main ! Lorsque quelqu'un ne joue pas sa main comme il devrait contre moi, c'est trop évident, et cela ne me plaît pas. Cela fait mal à ma réputation. Je suis Men The Master, et quoi que je fasse tout le monde regarde. Pensez-vous que je veux veuille voir quelqu'un jouer à la cool pour que les gens parlent ensuite de moi en de mauvais termes ? Certaines personnes sont jalouses de mon succès, et moi j'essaye d'être gentil avec tout le monde. Ceci étant la dernière chose que je veuille est de voir quelqu'un essayer de devenir mon ami en me faisant des cadeaux. »

Un palmarès impressionnant

Mais si certains faits ont pu être avérés, le palmarès de Men ne peut assurément s'expliquer que par ces sombres considérations.
Depuis 1988 NGuyen a enregistré près de 70 places payées aux WSOP, avec une régularité impressionnante de 3 à 5 places payées chaque année en moyenne. Parmi elles de nombreuses tables finales voire podiums, et surtout 7 bracelets ; le premier en 1992 dans une épreuve de 7-card Stud à 1500$, deux ayant suivi en 1995 (en 7-card Stud encore ainsi qu'en Limit Hold'em), un en 1996 (Omaha), deux en 2003 (7-Stud toujours et A-5 triple draw lowball), puis enfin le dernier obtenu en 2010 dans l'épreuve de 7-card Stud à 10 000 $).

Outre quelques accessits intéressants au cours de quelques tournois du WPT (3ème à Tunica en 2008, deux 6ème places en 2005 et 2006, ou encore une 8ème en 2004), on notera également sa 4ème place obtenue dans le Main Event des WSOP 1996, remporté par Huck Seed.
Ses gains en tournois s'élèvent à fin 2010 à plus de 10 millions de dollars.

Men est connu pour avoir appris chacune des nouvelles variantes de poker de son répertoire en ayant regardé les autres jouer. Il dit d'ailleurs de lui « Je suis un gros travailleur, et je travaille dur à jouer au poker. »

Divers et anecdotes

* A acheté 14 tonnes de riz pour les offrir aux familles vietnamiennes durant le printemps 2006
* Père de trois filles, chacune née à la même date mais lors d'années différentes
* A financé la construction de deux écoles au Vietnam
* A quitté le Vietnam en 1978
* Détenteur de 7 bracelets des WSOP, avec également près de 70 places payées à son actif.

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