Stu Ungar : Une dernière chance qui tourne mal (Docu)

Stu Ungar est considéré par beaucoup comme le meilleur joueur de poker de l'histoire. Ungar c'est aussi un personnage, et un destin tragique. PokerListings a rencontré ceux qui l'ont connu, et vous propose un documentaire exclusif.


Pour les non-anglophones, en voici la retranscription ci-dessous.


Le poker « à l’ancienne » n’existe plus.

Le panneau « Binions » qui trônait à l’entrée des World Series of Poker repose aujourd’hui au cimetière du néon.

Le poker à l’ancienne n’existe plus, il est mort avec Stu Ungar.

Voici donc l’histoire du meilleur joueur de l’histoire.

La courte vie de Stu Ungar l’a vu grimper au sommet du poker et tomber au plus bas, ce qui lui a permis de réaliser l’un des retours les plus incroyables de l’histoire du poker.

Aujourd’hui, près de 20 ans après le troisième titre de champion du monde de Ungar, nous nous sommes rendus aux World Series of Poker à Las Vegas pour rencontrer ceux qui connaissaient le mieux Stu Ungar : ses amis, ses adversaires et même celui qui avait financé sa participation au Main Event de 1997.

Scotty Nguyen
"On entendait parler que de Stu Ungar."

Billy Baxter : J’ai toujours eu l’impression qu’il pouvait presque voir à travers les cartes. C’était un génie.

Nolan Dalla : Il ne misait jamais la moitié de son stack. Il allait toujours à tapis, c’est comme ça qu’il vivait sa vie et c’est ce qui faisait de lui un homme qu’on aimait fréquenter.

Mike Sexton : Je le considère toujours comme le meilleur joueur, tout simplement parce que je n’ai jamais vu personne jouer aussi bien que lui.

Andy Black : Il était un cran au-dessus des autres.

Scotty Nguyen : Quand j’ai commencé à jouer au poker, je n’entendais que parler de lui. Stu Ungar par-ci, Stu Ungar par-là.

...

Phil Hellmuth a remporté le Main Event en 1989 et il a accumulé 13 bracelets des WSOP depuis.

Lorsque Hellmuth est arrivé dans le poker, Stu Ungar était au sommet de sa carrière. Au cours des dix années suivante, Hellmuth a vu Ungar descendre progressivement au fond du trou.

Phil Hellmuth : Il n’avait aucune chance. Imaginez, un gamin de 14 ans qui est tellement doué au gin qu’il fait des parties de gin en high stakes sur la côte est.
Les mafieux l’avaient mis là, il gagnait tout.

Phil Hellmuth
"Stu n'avait aucune chance de s'en sortir."

T’as 14 ans, t’es dans un bar. Tu gagnes de l’argent en jouant au gin. Personne n’arrive à te battre. Qu’est-ce que c’est que cette vie ? Qu’est-ce que tu peux faire après ça ?

...

Pour les premières World Series of Poker au Binion’s Horseshoe, en 1970, Ungar n’était qu’un adolescent. Il était déjà considéré comme le meilleur joueur de gin au monde. Dix ans plus tard, c’était à lui d’entrer au Horseshoe pour marquer l’histoire.

Présentateur TV : C'est le vainqueur. Stu Ungar, 27 ans, a remporté une nouvelle fois les championnats du monde de poker, pour la deuxième année de suite. Quelle est la probabilité ?

Stu Ungar : C'est incroyablement grand, c'est vraiment difficile de le gagner. Et il faut de la chance dans les situations clés.

...

Nolan Dalla : Je pense que la personne la plus importante de sa vie était probablement sa mère. Quand elle jouait au 7-card stud, avec ses amies, il était tout gamin et il voyait les gens se moquer d’elle.

C’est quelque chose qu’il n’a jamais oublié. Cette humiliation, ces rires. Il ne supportait pas ça. Il a toujours dit qu’il avait utilisé cette colère dans sa carrière.

...

Nolan Dalla est le directeur média des World Series of Poker. Il a écrit un livre sur Stu Ungar.

Dalla était journaliste lors du Main Event 1997, il a rencontré Ungar lors d’une interview à Vegas, un an avant sa mort.

Nolan Dalla
Nolan Dalla : "La drogue a fini par le détruire."

Nolan Dalla : Quand sa mère est morte, il est allé chez l’un de ses amis, Bernie, un joueur. Il n’avait jamais pris de drogues jusque-là, mais il lui a fait essayer.

Stu ne s’est pas rendu compte de l’impact que cela aurait et, pour la première fois, il a pris de la cocaïne.

Ensuite, à chaque fois qu’il s’ennuyait, ou qu’il perdait, il y retournait. Je crois que c’est ce qui a fini par le détruire.

Billy Baxter : Il était un excellent joueur de No-Limit Hold’em, mais un très mauvais joueur.

Mike Sexton : Il a dû perdre au moins 4 millions en jouant au golf, il misait des sommes énormes sur les chevaux… Il misait toujours le maximum.

C’était un gros joueur. Il n’y a que Phil Ivey que j’ai vu parier autant que lui sans se préoccuper de l’argent.

Billy Baxter : Dès qu’il avait un peu d’argent, il le dépensait en paris sportifs.

Nolan Dalla : Stu Ungar n’arrêtait jamais.

Mike Sexton : Et il ne faisait pas dans la demi-mesure. Il misait tellement qu’il ne pouvait jamais gagner d’argent, même quand il gagnait.

TJ Cloutier : Avec 2 millions en cash, il était sur la paille en 3 mois. C’était un parieur fou.

Phil Hellmuth : Il devait dormir 5 heures par nuit. Il ne pouvait jamais s’arrêter. Je pense que beaucoup de gens qui se réfugient dans les drogues ont un esprit comme ça.

Mike Sexton
Mike Sexton : "Stu ne pouvais jamais garder son argent."

Mike Sexton : Il s’était marié avec une femme qui avait déjà un fils. Stuey adorait le gamin. Quand il avait 17 ans, le petit s’est pendu dans le garage. Stuey s’est complètement réfugié dans la dope.

Nolan Dalla : Dans les années 80, il était le roi du monde. Puis en six ans, il s’est retrouvé sur la paille, les gens l’ont oublié. Le respect qu’il inspirait s’est érodé.

Phil Hellmuth : Je me souviens qu’il était venu me voir au Bellagio. Il n’était que l’ombre de lui-même à ce moment-là.

Andy Black : Je n’ai jamais vu quelqu’un de vivant avoir l’air aussi mort.

TJ Cloutier : Tout le monde sait qu’il s’est fait sauter le nez à la coke avant de mourir.

Mike Sexton : Tellement de gens ont essayé de l’aider. Chip et Doyle par exemple, tellement de fois. Chip lui a dit : « Stuey, va en cure pendant un mois, et quand tu sors je te finance pour tous les tournois que tu veux. »

...

Après toutes ces années, c’était presque inespéré de le voir participer au Main Event des WSOP 1997.
C’était sans compter sur Billy Baxter qui a apporté les 10 000 $ nécessaire à sa participation.
En cas de victoire de Ungar, Baxter et lui se partageraient le prix d’un million, moitié moitié.

Billy Baxter
"J'ai fini par céder et par lui payer son droit d'entrée."

Billy Baxter : La manière dont ça s'est décidé ? Je me suis rendu au Horseshoe où il jouait une partie, du 2-7 No-Limit, et il n'a pas arrêté de me demander de lui payer son entrée.
Je savais qu'il était un grand joueur, mais aussi notamment qu'il se droguait. Il a fini par m'avoir à un moment où ça se passait bien pour moi, j'ai lâché prise et j'ai dit « ok, je t'y fais entrer. »

Nolan Dalla : Ce qu'il s'est passé pour Stuey en 97 le Jour 1 : il se souvient ce que c'était d'être au sommet. Tout d'un coup tu joues au Horseshoe et tu te dis « mec, c'est mon élément. »

En fait il avait encore un peu la gueule de bois, n'était pas dans la meilleure forme, n'avait pas dormi, les habits froissés... il n'avait pas bonne mine.

Mike Sexton : Je vous jure qu'il ne ressemblait à rien ce jour-là. Il était horrible. Et je me souviens parfaitement à la première pause, je suis allé le voir et il me faisait « Mike, je ne peux pas y arriver. Je ne vais pas finir la journée », ou quelque chose dans le genre.

Je l'ai attrapé par le col et je lui ai dit : « Stuey tu es mal, tu dois te calmer. C'est le Main Event. Passe juste la journée, repose-toi, et tu iras bien demain. »

Il n'a pas seulement passé la journée. Il l'a finie genre en 2è ou 3è position en jetons.
Le jour d'après c'était un homme complètement neuf. Il était rasé, frais. Il avait eu une bonne nuit de sommeil, et à partir de là il a simplement dominé le tournoi.

...

Ungar et Kaplan
Stu Ungar interviewé par Gabe Kaplan.

Présentateur TV : Gabe a parlé avec Stuey la nuit dernière après qu'il a gagné son siège pour la table finale.

Gabe Kaplan : Je ne pense pas qu'il y ait de plus belle histoire que cette réémergence de Stuey "The Kid" Ungar, un gentleman qui a remporté deux tournois consécutifs en 1980 et 81. Ce n'est plus un gamin, mais félicitations Stuey.

Stu Ungar : Merci Gabe, j'apprécie.

...

Nolan Dalla : Vers la fin du Jour 3, c'était mercredi et j'étais au Horseshoe, déambulant autour des tables de cash games. Je discutais avec beaucoup de joueurs de hautes limites, et voici que Stuey arrive. Et je ne suis pas sûr que ça ce soit une bonne chose, parce qu'il doit jouer le Main Event le lendemain, en face des caméras d'ESPN sur Fremont Street.
Et l'une des peurs était qu'il sorte et qu'il prenne une cuite.

Matt Showell : Et qu'il ne se présente jamais.

Nolan Dalla : Exact. Ce qu'il avait d'ailleurs fait en 1990.

...

Stu Ungar

En 1990, Billy Baxter avait aussi payé pour Stu Ungar pour sa participation au Main Event.
Ungar avait franchi tous les obstacles et s'était qualifié pour la table finale, mais n'est jamais venu s'asseoir à son siège. Ses amis l'ont trouvé sur le sol de sa chambre d'hôtel, inconscient. Il venait de faire une overdose.
Ses jetons auront tourné sans lui, et il aura été éliminé à la 9è place.

Nolan Dalla : Et je me souviens Chip Reese qui l'encourageait la veille : « Demain c'est ton jour. »

Stuey avait tellement besoin de cette réaffirmation. Mike Sexton l'avait encouragé de même. Et puis Billy Baxter. Et puis Chip Reese.

Ce sont tous ceux qui le connaissaient et qui l'aimaient qui l'ont poussé vers la ligne d'arrivée.

Gabe Kaplan : En tête à ce stade du tournoi : Stu Ungar. Stuey devra s'affranchir de 312 joueurs dans ce tournoi final pour remporter son troisième titre. Bonne chance à tous. La finale 1997 c'est parti.

Billy Baxter : Longtemps avant, au début du tournoi, il m'avait dit « C'est terminé. Je suis lancé. Personne n'a aucune chance. »

Mike Sexton : Je me souviens que Billy m'avait dit d'aller dehors et de parier plus sur Stuey, tout ce que je pouvais miser. Il voulait même me racheter un pari, et croyez-le ou non, je n'ai pu obtenir que 4000$ en actions. Tout le monde pensait qu'il allait gagner.

...

Ungar FT 97
En heads-up pour son troisième titre en 97.

Présentateur TV : Stuey a besoin d'un 2 ou d'un 4. Stuey a quelques problèmes. Un 3 ne marche pas. Oui !

Gabe Kaplan : 2 ! Stuey remporte le tournoi. Stu Ungar a gagné trois World Series of Poker.

(...)

Stuey, laisse-moi te poser une question personnelle. Je pense que je te connais assez pour de poser cette question. Penses-tu que tu vas faire les choses différemment maintenant ?

Stu Ungar : Je l'espère Gabe. Il n'y a personne qui ne m'a jamais battu aux cartes. La seule personne qui m'ait jamais battu, c'est moi-même, et mes mauvaises habitudes.
Mais quand je commence à jouer et que je suis en feu comme je l'étais dans le tournoi, je crois vraiment que personne ne peut me jouer tous les jours.

...

Matt Showell : Qu'est-ce qu'il s'est passé après cette victoire ?

Billy Baxter : Eh bien il était ruiné trois ou quatre jours seulement après le tournoi. Il a reçu la moitié de l'argent et il a perdu 500 000 $ aux paris sportifs la même semaine.

...

Stu Ungar WSOP wall
Un champion unique.

Ungar plongea complètement après ça. Lorsque les World Series of Poker sont revenus l'année suivante, Billy Baxter lui proposa un nouveau deal pour le financer, mais Ungar ne pouvait même plus jouer.

En novembre il perdait la vie tout seul dans un motel bon marché du nord de Las Vegas.

Dans sa carrière on estime que Stu Ungar aura gagné dans les 30 millions de dollars, mais il sera mort avec seulement 800 $ à son nom. Ses amis auront dû faire une collecte pour payer ses funérailles.

Mixe Sexton : Vous savez, je pensais vraiment que s'il gagnait ce tournoi il reviendrait. Nous avons juste tous pensé qu'il le pourrait.

Je ne crois pas seulement qu'il aurait été la plus grande star sur le World Poker Tour et dans le monde du poker, il aurait été tout en haut, et quiconque de second aurait été en là (il mime un niveau bien inférieur).

Phil Hellmuth : Si Stu Ungar avait pu aller en cure de désintoxication, on ne sait pas jusqu'où il aurait pu aller et le plus grand champion qu'il aurait encore pu devenir.

Nolan Dalla : Il n'y a pas de mal à rêver. Il n'y a pas de mal à espérer. Ce n'est pas parce qu'on dit qu'il n'aurait jamais changé qu'il n'est pas cet individu unique sur un million.
C'était quelqu'un de particulier, et si quelqu'un avait ce talent, si quelqu'un pouvait défier les probabilités, c'était peut-être Stu Ungar.


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