Pour ne pas craindre au poker : Arrêtez de bluffer

Vitaly Lunkin
Le bluff c'est bien. En abuser c'est mal.

Notre série pour les débutants du poker continue, avec ce nouvel article explorant l'une des plus grandes failles du jeu d'un débutant : faire trop de mauvais bluffs.

Commençons par effacer une idée reçue :
Il n'y a en réalité que très peu de bluffs à froid au poker. Merci principalement à Hollywood pour les ressorts dramatiques de son interprétation du poker : les gens semblent associer le jeu avec le fait de faire d'énormes bluffs à chaque fois qu'il est possible.

Tout comme il est rare (enfin si cela arrive) que les joueurs perdent avec une quinte flush contre une quinte flush royale, le jeu ne fonctionne simplement pas comme ça.
Comme vous pouvez l'attendre d'un jeu aussi vaste que le Texas Hold'em, le bluff se classe en de nombreuses formes et à divers degrés :

* Les bluffs simples

* Les semi-bluffs

* Les bluffs froids (ou "bluffs à poil")


Les Bluffs simples

La vaste majorité des bluffs au Hold'em sont des bluffs rapides, simples.
Egalement connues sous le terme "small balls" (balles courtes, d'après l'imagerie du baseball ou du tennis), ces petites mises sont faites pour remporter des pots petits à moyens, avec un taux de réussite attendu élevé.
Le risque est minimal, et la récompense légèrement profitable sur le long terme.

Exemple : Trois joueurs checkent jusqu'à vous au bouton, avec un flop K K 7.
Il n'y a pas eu de relance pré-flop, et personne ne semble intéressé par le pot. Il n'y a véritablement que deux options :

1. Quelqu'un a un roi et est en train de slow-player (sous-jouer)

2. Personne n'a de roi et tout le monde est prêt à se coucher

Chris Moneymaker
Moneymaker a réalisé un énorme coup de bluff pour décrocher sa mythique victoire aux WSOP contre Farha.

Ce scénario est le plus probable et de loin. Il y a des chances que personne n'aie de roi, signifiant que chacun envisage de se coucher.
La taille du pot est également trop petite pour faire un call héroïque (hero call dans le jargon) qui en vaille la peine. C'est une mise de situation, avec intention de terminer le coup, quelle que soit votre main.


Les Semi-Bluffs

Mettons que vous relanciez pré-flop avec A K et obteniez deux suiveurs.
Le flop vient avec J 9 5. Vous n'avez rien sinon un tirage couleur et des overcards (cartes au-dessus du flop). Le premier joueur checke, tandis que le second mise les trois quarts du pot.
Dans cette situation, relancer serait un semi-bluff, puisque techniquement vous n'avez rien ; vous êtes derrière n'importe qui ayant ne serait-ce qu'une paire.

Le fait que vous ayez le tirage couleur et les meilleures overcards possibles signifie cependant que vous avez de nombreuses façons légitimes de remporter le pot à l'abattage.

Votre main a de la valeur, ce qui conduit l'opération à n'être qu'un semi-bluff. Idéalement, votre adversaire se couchera et vous récupérerez le pot. Mais si vous êtes suivi, il y a encore la chance que vous trouviez le jeu max à la turn.

Les semi-bluffs sont un élément crucial au poker, mais attention : si vous semi-bluffez à chaque fois que vous avez un gros tirage, vous serez aussi transparent que la garde-robe de Britney Spears.


Les Bluffs "froids"

L'un des plus grands bluffs à froid de l'histoire à avoir été enregistré est  peut-être celui de Brad Booth face à Phil Ivey durant la troisième saison des High Stakes Poker.
Brad tirait mort sauf pour un 5, la couleur ou deux paires runner-runner (turn-river). Etant donné que sa main n'avait presque pas la moindre valeur que ce soit à ce stade, c'est un bon exemple de ce qu'est un bluff à froid ou encore cavalièrement qualifié d'à poil.

De manière réaliste, la seule façon qu'avait Brad de remporter ce pot était de voir Ivey se coucher.

Ce sont les genres de bluffs que vous voyez dans les films à Hollywood, et ce sont les types de bluffs dont les gens pensent que le poker est simplement fait. En réalité, ce n'est presque jamais une bonne idée de faire un tel bluff.

Tom Dwan and Phil Ivey
Certaines tables sont quasiment "inbluffables".

Pour espérer voir ce genre de bluffs profitables, vous devez comprendre tout ce qu'il se passe dans la main, dont ce que votre adversaire a en tête et ses plans. C'est un jeu de haut niveau, seulement à la portée des tous meilleurs au monde.
Bien sûr vous pouvez faire ces bluffs et les voir marcher, mais sans un réel haut niveau de jeu, vous ne faites que lancer les dés sur le fait de ne pas être payé.

Dan Harrington décrit ces bluffs comme les bluffs du "tunnel obscur". Tout ce que vous voyez est la lumière à la fin du tunnel. Vous n'avez aucune idée de ce qui se passe autour de vous.

Pour ne pas faire n'importe quoi au poker, vous devez arrêter de faire ces bluffs froids, et limiter le nombre de petits bluffs et semi-bluffs que vous faites.
Le meilleur moyen pour un vrai débutant de faire de l'argent au poker, est de jouer un poker académique. Si vous avez la meilleure main, misez, sinon couchez-vous.