Pour ne pas craindre au poker, Jouez basique

allen cunningham
Misez quand vous avez quelque chose, jetez quand vous n'avez rien. "Easy game".

L'une des plus grosses failles des joueurs depuis les basses jusqu'aux moyennes limites, est de laisser le jeu créatif se mettre en travers de leur chemin vers le profit.

A moins que vous ne jouiez contre une table d'adversaires qui ont scruté, étudié et se sont souvenus de chaque main que vous avez jouée au cours de cette session, il y a des chances pour que le fait de vous montrer créatif vous coûte simplement de l'argent.

Dans notre article Arrêtez de bluffer de notre série « Pour ne pas craindre au poker », nous sommes entrés en détail du côté de ce concept. Aujourd'hui nous allons vous donner quelques exemples spécifiques pour vous montrer comment exactement mettre ceci en application.

Scénario 1 :

Voici le scénario d'une partie live à 1$/2$ où s'être montré créatif au bouton s'est révélé un choix très coûteux.

Notre Héros est à la table depuis quelques heures en s'y étant bien épanché, relançant beaucoup et montrant des mains douteuses. Son image est large-agressive et le montre enclin au bluff.
Il est assis derrière un stack d'environ 500$.

A l'autre bout de la table, une fille très serrée qui aime cependant suivre les mises du Héros en semblant toujours imaginer qu'il bluffe. Elle a relancé trois des quatre dernières mains et a à chaque fois fait tout le monde se coucher, soit pré-flop soit au flop.

La joueuse relance en début de parole à 15$. Le joueur à sa gauche suit, ainsi que celui à la droite du Héros.
Celle-ci s'écrie alors « personne ne me croit ! » avant que le Héros ne découvre A A et ne se décide de suivre. Le joueur suivant, un vieux monsieur un peu sénile, paye lui aussi, tout comme encore un joueur derrière.

Le flop amène 4 6 3. La joueuse mise 35$ et son premier suiveur est le gars à la droite du Héros. A nouveau ce dernier ne fait que suivre lui aussi, imité par le vieux monsieur.

La turn amène le 9.

La joueuse checke, tout comme le joueur à la droite du Héros. Celui-ci mise 130$. Le vieux monsieur réfléchit, baragouine quelques bizarreries que lui seul comprend, et paye pour ses derniers 76$.

paola martin
Malheureusement Paola Martin n'est pas la joueuse de notre exemple.

La joueuse paye instantanément, et le gars à droite du Héros se couche.

La river amène le 5.

La joueuse checke. Le Héros en fait autant. Le gars à la droite du Héros s'écrie alors « par ici la monnaie ! » en montrant 7 3 pour la quinte.


Analyse

Comme vous pouvez le voir, tout le pire qui pouvait arriver est effectivement arrivé dans cette main. Il s'avère que la joueuse avait K K et le gars à la droite du Héros Q Q.

Le Héros a perdu quelques 100$ sur la main simplement parce qu'il n'a pas joué un poker académique, à la fois pré-flop et post-flop. S'il avait sur-relancé pré-flop, la joueuse (qui croit toujours qu'il bluffe et qui ne coucherait jamais KK pré-flop) aurait sur-sur-relancé.

Il y a des chances pour que les dames se soient alors couchées. Mais après que le Héros serait parti à tapis, la joueuse aurait suivi. Ainsi, plutôt que d'avoir perdu 100$, le Héros aurait (probablement) récupéré un pot de 1000$.


Scénario 2 :

Vous êtes assis dans une partie en ligne en table pleine à 0,50$/1$, vous avez un stack de 120$ et avez joué un poker serré-agressif de base. Vous voilà au bouton avec 8 8.

Un joueur avec 245$ de tapis relance à 4$ en position intermédiaire. Vous suivez au bouton et vous retrouvez en heads-up au flop.
Celui-ci donne 6 8 9. Vous avez floppé le brelan intermédiaire et êtes sûr d'être devant votre adversaire. Il n'est pas le type de joueur à avoir relancé avec quelque chose qui pourrait avoir floppé une quinte.

Votre adversaire mise 7$, et vous payez juste.

La turn amène la Q.

Votre adversaire mise 18$, et à nouveau vous ne faites que suivre.

La river est le T.

Votre adversaire checke et vous checkez derrière. Il retourne 8 9 pour deux paires. Vous remportez le pot de 58$ avec votre brelan.

Analyse

Vous avez remporté le pot mais vous avez perdu pas moins de 182$ en ayant essayé d'être fantaisiste et piégeux. Vous vous êtes également mis sous la menace d'une quinte ou d'une couleur.

Votre adversaire a floppé une main monstre. Le plus probable est qu'il faisait les mêmes hypothèses que vous, et qu'il était très improbable que vous ayez floppé la quinte. Il vous a mis sur une overpair ou un tirage couleur. De toute façon il y avait des chances qu'il ne s'en aille pas du coup à moindre coût avec ses deux top paires.

Tom Dwan and Phil Ivey
Seule une table comme celle-ci devrait envisager un poker "XYZ".

En pompant au flop (ce qu'un poker académique dit "ABC" dicterait), vous créerez un pot bien plus gros et aiderez à éliminer la possibilité que votre adversaire tire contre vous (dans le cas où il ait le tirage couleur).

En sous-jouant votre main, vous avez gardé le pot petit, dans un scénario où vous avez eu un tas d'équité et où vous avez laissé le tableau devenir trop dangereux pour pouvoir faire une mise pour la valeur à la fin.

Devenir trop fantaisiste vous coûte beaucoup d'argent.


Conclusion

Oui, le poker n'est pas basé sur les résultats, mais sur les décisions. Ces deux exemples vous montrent comment en voulant se déguiser et en jouant incorrectement des mains dans une situation donnée, l'affaire peut se terminer par une perte d'argent.

Le fait que le vieux monsieur ait touché une ventrale dans le premier exemple est hors sujet. Même si la river ne lui avait pas donné la quinte, le Héros aurait toujours fait moins d'argent qu'il aurait pu en jouant à la manière de ce qui est inscrit dans les livres.

Si vous avez les as pré-flop et que vous êtes face à un adversaire que vous soupçonnez d'avoir une grosse main et plus que susceptible de vouloir vous déstacker, tout autre action que de relancer est une erreur.

Les joueurs dont le jeu est en développement constant commencent souvent à se dire des choses telles que « Si je relance ici il saura à coup sûr que j'ai les as », alors qu'en réalité votre sur-relance veut dire ce que votre adversaire veut bien croire.

En jouant à bas et moyens enjeux vos adversaires feront de nombreuses erreurs et n'auront typiquement aucune idée de ce que vous êtes en train de faire à cet instant précis.

Tout particulièrement lorsque vous êtes dans un pot avec de l'action, cantonnez-vous en à un jeu basique et vos résultats sur le long terme vous en remercieront.


Retrouvez notre Série "Pour ne pas craindre au Poker" :