Votre Bankroll Partie 2: Le capital pour un pro

The Rio
Le Rio pourrait-il être votre prochain terrain de jeu ?

Cette seconde partie sur la bankroll se consacre à la taille du capital requise pour jouer et vivre du poker en tant que professionnel.


>
Lire la première partie


Comme ça vous voulez devenir pro ?

C'est là où ça devient piégeux. La majorité des joueurs voulant passer pro basent strictement la taille de leur capital sur les chiffres que j'ai utilisés pour un simple joueur « obsessionnel ». Le problème à ça est que cela ne prend pas en compte ce petit quelque chose que nous aimons appeler la vie.

En tant que simple joueur obsessionnel, vous travaillez quotidiennement pour vous constituer un salaire, utilisé pour subvenir à vos besoins. Votre capital poker est utilisé pour jouer au poker, et faire de l'argent sans que les « cycles » ou la variance n'affectent votre qualité de vie.

Lorsque vous commencez à jouer en professionnel, votre bankroll n'est rien d'autre que votre argent. A moins que vous n'ayez des économies massives sur lesquelles vivre, vous serez forcé de le faire aux frais de vos gains et capital.

Premier Scénario : Un mauvais mois

Il est très courant pour les joueurs professionnels de poker d'aller au devant de très longues périodes de pertes. Mais nous allons prendre une approche modérée pour notre scénario. Disons que vous avez un capital moyen et que vous partez avec 3000 $ sur votre jeu très serré-conservateur.

Vous rencontrez un mauvais mois (selon nos critères prudents) et finissez par équilibrer vos pertes sur celui-ci. Après un tel cas, les joueurs simplement obsessionnels continueront d'être dans la danse avec un bon capital. En tant que professionnel, vous avez maintenant un problème. Vous n'avez pas perdu d'argent, mais vous n'en avez pas fait non plus. Et maintenant vous avez des dépenses à faire pour vivre, à partir de votre capital.

daniel negreanu 19665
Daniel Negreanu avait rapidement tout reperdu l'argent qu'il avait gagné lors de sa première victoire en tournoi.

Location, voiture, crédits, carte bancaire, nourriture, loisirs, autres factures diverses et variées... quel que soit votre niveau de vie, vous avez maintenant à payer tout ça. A nouveau, soyons mesuré, et disons que vous pouvez couvrir tout cela, et vivre confortablement pour 1000 $ par mois.

Votre bankroll est maintenant descendue à 2000 $.

Le mois suivant vous faites un total de 1000 $. Cet argent va pour vos besoins vitaux du mois, vous êtes ainsi toujours déficitaire de 1000 $ sur votre capital de départ, sans avoir perdu d'argent au poker. Si vous avez un autre mois comme le premier, vous descendrez à un total de 1000 $, sans avoir encore eu de mois perdant jusqu'à présent.

Dans le but de récupérer quelque argent, vous devez gagner l'équivalent de vos dépenses vitales, plus un extra sur le mois. Si vous jouez à de très basses limites, cela peut se révéler plus difficile qu'il n'y paraît.

Deuxième Scénario : Cela empire

En envisageant un pire scénario que le premier, où vous parviendriez à perdre 1000 $ ce premier mois, tout en ayant à payer vos dépenses pour vivre, vous allez entrer dans le deuxième mois avec un capital de 1000 $. Si vous ne faites pas mieux que rester sur vos pattes ce mois, vous êtes officiellement broke (ruiné).

Il n'est pas rare pour les meilleurs joueurs du monde d'aller au devant de séries de pertes allant jusqu'à 6 mois, et ici vous ne vous êtes ruiné qu'au bout de deux mois. Avoir à payer pour vos dépenses de la vie courante à partir de votre capital constitue un plus gros péage que vous n'imaginez.

Jusqu'à faire quelques calculs et que vous travailliez dessus, vous ne réalisez pas à quel point il est difficile de revenir au point où vous étiez une fois que vous êtes tombé dans un trou. Si vous voulez réussir, vous allez devoir envisager le pire, et y être préparé.

Vous devriez posséder de deux à six mois de réserve pour vos dépenses de la vie courante, en plus d'un capital complet. Cela donne une bankroll « sécurisée » aux alentours de 50 BI tout en vivant à l'économie.

La vie passe en premier

Si vous échouez à gagner de l'argent pour vivre au cours de votre mois de jeu, cet argent devra venir de vos fonds en réserve pour vivre. Si le mois suivant vous faites de l'argent au-delà de vos dépenses de la vie courante, tous les profits iront directement de retour dans ces fonds de côté pour vivre. Une fois seulement que vos fonds pour vivre seront pleins, que vos dépenses mensuelles seront payées et que votre capital sera de retour au max, vous aurez des chances d'économiser de l'argent, ou de pouvoir tenter de monter votre capital.

euros
La vie passe en premier : ne négligez pas votre budget "réel" pour celui du poker...

Ceci étant cela ne vous mettra toujours pas à l'abri d'une sérieuse débâcle, ou d'un horrible mauvais cycle (aussi appelé downswing). J'ai vu des joueurs perdre 1000$ en une session sur une partie à 200$ de buy-in ; il n'est ainsi pas impensable que vous puissiez perdre 4000$ au cours d'un mois sans même une goutte de sueur.

Et cela ne vous couvre d'ailleurs pas non plus en cas d'impondérable de la vie. Il n'est pas rare de voir surgir une dette imprévue de 1000 $, particulièrement si vous avez une voiture. Comment envisagez-vous d'y faire face ?

La première chose dont vous devez toujours vous rappeler, est que la vie passe avant tout. Si vous entrez dans une crise, ou que vous ne pouvez simplement pas dominer le jeu comme vous pensiez le faire, il est nécessaire que vous quittiez le jeu tant que vous avez encore suffisamment d'argent pour continuer à vivre à votre niveau de vie, pour aussi longtemps que cela vous prendra pour trouver un vrai job.

Jouer au poker en professionnel demande plus de capital qu'il peut y paraître. Si vous avez régulièrement fait de l'argent durant votre dernière année de jeu en tant que joueur obsessionnel, vous avez quand même toujours besoin de ce capital pour franchir le pas. Sans la bankroll appropriée, votre capacité à continuer de jouer dépendra de la chance qui vous attendra de l'autre côté de la barrière.

Je n'ai jamais aimé devoir jouer sur des choses de cette importance. Si vous êtes court en capital, vous lancez le dé pour ne vous en remettre qu'à un bon cycle pour lancer votre carrière et vous amenez là où vous avez besoin d'être, bien stacké. Avant qu'un mauvais cycle ne frappe.