Addiction, addiction, quand tu nous tiens…

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Face à l’augmentation de l’offre des jeux d’argent en ligne, légale ou illégale, les médecins s’inquiètent à juste titre : en 2010, une enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) estimait à 1,3% le nombre de joueurs « problématiques ». En 2012, une nouvelle étude sur la pratique des jeux en ligne a permis d’estimer cette proportion à 17%…

Médecins et sociologues tentent donc de déterminer les raisons qui poussent à jouer, ce qui fait basculer un joueur dans l’addiction, et les mécanismes de cette addiction pour apporter une solution efficace de désintoxication. Car faut-il le rappeler, les jeux d’argent sont une drogue, au même titre que le tabac ou l’alcool...

Les joueurs pathologiques sont faciles à repérer : ils commencent par nier leur problème, persuadés qu’ils ne font que traverser une mauvaise passe et que tout s’arrangera, ils se cachent pour jouer, et surtout ils ne demandent pas spontanément de l’aide. Souvent, c’est sous la pression de leur entourage proche, lorsque les problèmes d’argent, de travail, de socialisation et de couple deviennent insurmontables, qu’ils acceptent de consulter. Malheureusement, moins de 10 % des malades acceptent de demander de l’aide.

La prise en charge dans des structures d’accueil repose sur des psychothérapies comportementales et cognitives. Il faut déterminer la/les raisons pour lesquelles le patient a été amené à jouer ; il faut lui faire comprendre que sa conviction de pouvoir contrôler le hasard est totalement illusoire, et il faut comprendre les mécanismes en jeu dans le cerveau pour pouvoir trouver le traitement adéquat.

Les recherches cognitives ont montré qu’au départ, le jeu est perçu comme une action plaisante qui stimule des zones de récompense situées dans les hémisphères cérébraux. Dès 2010, grâce à l’imagerie médicale, on a pu mettre en évidence, dans la partie antérieure et ventrale du cerveau, des régions distinctes stimulées par des récompenses secondaires comme l’argent ou par des récompenses dites primaires comme des images érotiques.

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Un jeu excessif est de plus en plus responsable de problèmes de couple.

Sensibilité au sexe amoindrie

Puis les scientifiques se sont aperçus que le cerveau réagissait aussi aux mécanismes à mettre en œuvre pour accéder à une chose agréable. Le cerveau libère de la dopamine, et il semble que plus le taux de dopamine est élevé, plus la tendance à avoir des conduites dites « à risque » ou à rechercher ces situations via le jeu ou les paris est élevée.

Et c’est là que le bât blesse, car avec la libéralisation des jeux d’argent sur Internet, ces sensations fortes sont disponibles en continu. Il est possible de jouer non-stop sans avoir le temps de réfléchir à son comportement. Fortement décriés, les jeux comme le Loto ou l’Euromillion sont pourtant bien moins dangereux car leur fréquence est plus lente et laisse la part belle au rêve... qui n’est pas addictif !

Lorsqu’un jeu praticable en solo devant son ordinateur est accessible 24 heures sur 24, en dehors de tout contrôle social, il laisse le joueur dans un état de tension permanente. Ce qui transforme peu à peu un joueur normal en joueur pathologique.

Enfin, les dernières découvertes neurologiques expliquent bien pourquoi les joueurs problématiques sont inévitablement confrontés à des problèmes de couple : ce n'est pas la sensibilité aux gains d'argent qui est exacerbée mais bien la sensibilité aux autres récompenses (comme le sexe) qui est amoindrie. Tout se passe comme si l'argent prenait la place de ce qui suscite immédiatement du bien-être chez les personnes saines.

Alors si pour vous il n’y a plus que l’argent qui compte, inquiétez-vous !


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Poker : comment traquer la dépendance ?

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En France, depuis l’ouverture du marché des jeux en ligne en 2010, les professionnels de santé chargés des problèmes d’addiction ont fort à faire pour traiter les patients, mais surtout pour sensibiliser le public avant l’apparition des symptômes.

par Christine C. - août 2016

Même si sur les sites agréés par l’ARJEL (Autorité de Régulation des Jeux en Ligne) les avertissements sur les risques de dépendance au jeu sont désormais obligatoires, chez les joueurs en ligne accros le recours aux soins est très faible, et la plupart d’entre eux ne considère pas l’addiction comme une véritable maladie.

Grâce au Dr. Amandine Luquiens* et à son équipe du service d’addictologie de l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif, un nouvel outil de traque de la dépendance au poker vient de voir le jour. Depuis fin 2013, en partenariat avec Winamax, les chercheurs ont été en contact avec plus de 170 000 volontaires. Ils ont ainsi sélectionné 14 261 personnes et ont analysé leurs données de jeu (rappelons que les sites agréés en France ont l’obligation légale de collecter des données des joueurs).

Puis grâce à l’analyse des données des comptes joueurs à l’aide d’un outil de dépistage, les scientifiques ont identifié « avec une sensibilité de 80 % » les personnes dont le comportement de jeu est problématique : dans ce cas, ils ont estimé que 18 % des personnes présentaient une addiction probable au poker.

Addiction et argent dépensé ne sont pas liés

Outre le profil qui a pu être dressé du joueur dépendant type (homme de moins de 28 ans, qui joue plus de 60 parties par mois et qui perd plus de 1,70 € par session), ce sont d’autres données qui retiennent l’attention des médecins. Cette étude montre en effet que l'addiction n'est pas corrélée à la somme dépensée. C’est surtout « l'envahissement temporel du jeu dans le quotidien qui illustre l'addiction, en particulier dans le domaine du poker. »

La nouveauté de cette étude est donc de permettre de repérer les joueurs de poker en difficulté.

Il faut maintenant réfléchir à ce qui peut être proposé concrètement à ces joueurs, par les acteurs de la santé mais aussi par les sites en ligne afin d’inciter ces joueurs à changer leur pratique de jeu et à lutter contre l’addiction.

Dans le même temps, les joueurs excessifs de poker se sont vu proposer un essai thérapeutique, que l’équipe du Dr. Luquiens promet de rendre public prochainement.

* Inserm U1178 / université Paris-Sud, « Santé mentale et santé publique »

Si vous pensez avoir des problèmes ou connaître quelqu'un qui a des problèmes d'accoutumance au jeu, consultez notre page sur le Jeu responsable et ses contacts utiles.

Source :
A. Luquiens et al. Tracking online poker problem gamblers with player account-based gambling data only. International Journal of Methods in Psychiatric Research, 19 mai 2016, DOI: 10.1002/mpr.1510

A lire aussi l'article sur le blog d'Amandine Luquiens

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