Alcool, joints et Provigil : Les drogues les plus répandues dans le monde du poker

drogue et alcool

La consommation de médicaments améliore t-elle les facultés intellectuelles des joueurs de poker ? Presque jamais sur le long terme, bien qu'il soit difficile de donner une réponse claire à cette question.

par Lorenzo Invernizzi

La longue liste des joueurs qui ont fait usage de substances stupéfiantes comprend, entre autres, Mike Matusow dit « The Mouth », Stu Ungar, Greg Merson et Dan Bilzerian (même si ce dernier est le joueur de poker le moins revendiqué).

Dans tous les cas, leur réussite au tapis vert est davantage liée à leurs capacités personnelles qu'aux super-pouvoirs donnés par des décoctions diverses.

Cependant, analysons plus en détails l'effet de ces drogues, qui vont de l'amphétamine aux « joints ».

Adderall

L'Adderall est un médicament qui contient de l'amphétamine et qui est administré aux adultes et aux enfants souffrants d'ADHS (troubles de l'attention et hyperactivité). Mais certaines personnes l'utilisent de façon inappropriée pour améliorer leurs performances intellectuelles.

Adderall

Le but est notamment de profiter de pensées convergentes (elles sont complémentaires aux pensées divergentes et elles permettent d'affronter les situations et les problèmes pour lesquels il y a une seule et unique solution).

Certaines études, comme celles du chercheur de l'Université de Pennsylvanie Martha J. Farah, s'interrogent cependant sur son efficacité réelle. D'après Farah, les seules améliorations des performances intellectuelles concernent les sujets qui présentent des carences en termes de pensées convergentes. La prise de médicaments serait alors contre-productive pour les personnes qui ont des capacités supérieures à la moyenne sans avoir besoin de consommer cette drogue.

Il reste également à déterminer si ce médicament à un effet néfaste sur les pensées divergentes et créatives. La dexerine et le Ritalin, utilisés chez les patients avec ADHS, peuvent avoir les mêmes effets que l'Adderall.

Viagra pour le cerveau ?

Mondafinil

Le Modafinil, utilisé dans le traitement des troubles du sommeil et de la narcolepsie chez les personnes qui travaillent la nuit, est consommé à tort pour maintenir la concentration durant les longues sessions autour du tapis vert.

Dans une interview au New-Yorker datant de 2012, le joueur de poker professionnel Paul Philips a révélé que grâce à l'Adderall et au Provigil (le nom commercial du Modafinil), il a réussi à gagner des millions de dollars.

Selon un rapport d'un service de la CBS, on a assisté ces derniers temps à un pic de ventes de ce médicament à des professionnels qui veulent être toujours au top. Pour cette raison, le Provigil a été rebaptisé « Viagra du cerveau » (mais encore une fois on ne connaît pas les effets secondaires sur le long terme).

Cocaïne

Après l'alcool et la marijuana, la cocaïne est la troisième drogue la plus courante dans le monde du poker.

Elle est utilisée pour rester vigilant et mentalement actif sur une longue période, mais elle a bien sûr des effets secondaires graves (voir Stu Ungar).

Bêta-bloquants

Utilisés pour réduire l'anxiété, les bêta-bloquants entraînent une myriade d'effets secondaires, notamment des nausées, de la diarrhée et des troubles de l'érection.

Compléments alimentaires

Même s'ils peuvent améliorer les performances intellectuelles, les compléments alimentaires ne peuvent pas être mis dans la catégorie des médicaments. Le complément Alpha Brain, par exemple, est revendiqué par des joueurs professionnels comme Matt Vengrin et Sorel Mizzi.

Compléments alimentaires

Mais même dans le monde des compléments, il suffit de faire un tour rapide sur Internet pour se rendre compte du nombre de produits étranges qui sont commercialisés.

L'un d'entre eux est « Poker fuel ».  Il offre « une large gamme de vitamines essentielles, comprimés et suppléments » dédiés aux joueurs professionnels et aux simples amateurs de poker. La liste des produits comprend les lignes « Relax », « Alert », « All-In » et « Endurance ».

La ration K du joueur de poker

Les « Instant meal » (une sorte de boisson homogénéisée au goût fraise, vanille, chocolat et banane) sont pour les gens qui ne veulent pas s'éloigner de la table de jeu ou de leur ordinateur, même pour manger. Pour avoir votre propre « ration K », il suffit d'ajouter du lait à la préparation et de secouer le tout. 

Les joueurs postmodernes

Ceux qui consomment ce breuvage vont être étonnés d'apprendre qu'ils sont une version post-moderne de John Montagu, comte de Sandwich (1718-1792), l'inventeur des sandwiches. La légende raconte que le comte se faisait préparer des sandwiches pour éviter d'avoir à s'arrêter quand il jouait aux cartes.

Alcool et marketing

L'alcool peut être considéré comme une drogue, avec les mêmes effets lorsque sa consommation devient pathologique. Beaucoup de casinos, y compris ceux de Las Vegas, offrent gratuitement une grande variété de boissons alcoolisées pour fidéliser leur clientèle.

Alcool et poker

Un chiffre à boire

Mais qui obtient trop à boire peut vite devenir gênant, comme Scotty Nguyen en 2008 lors de la table finale du tournoi de H.O.R.S.E. à 50.000$ des World Series of Poker.
Le joueur américain a apporté une bouteille à la table de jeu puis a commencé à insulter ses adversaires. Pour prouver qu'il était invincible, il montrait même au public et aux joueurs les cartes qu'il avait en main.

Scotty a quand même réussi à obtenir la première place. Il s'est ensuite excusé sur Internet pour son comportement gênant.

Il vaut mieux boire avec modération

Bill Smith, champion du monde en 85, est quant à lui décrit par TJ Cloutier comme le meilleur joueur quand il est un peu « gai » et le pire quand il est ivre.

Pas de joints quand on joue

Juste après l'alcool, la marijuana est la deuxième drogue préféré des joueurs de poker. Comme le vin et la bière, la « maria » contribue à réduire l'anxiété. Mais comme vous pouvez l'imaginer, sa consommation aboutit à un ralentissement des fonctions cognitives.


► Pour en savoir plus sur l'influence des drogues et de l'alcool notamment au poker, vous pouvez consulter notre autre article sur le sujet : Drogues, Alcool : Quelle influence sur votre jeu ?

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Shane Schleger :  « Nous sommes tous des toxicomanes »

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Shane Schleger

Shane Schleger s'éloigne peu à peu du monde du poker, mais est revenu sur le devant de la scène à l’occasion d’un article controversé publié dans le magazine Slate, à propos des drogues.

par Artur Crowson - interview publiée en mai 2014

Dans un article intitulé “15 ans passés à fumer du crack”, Schleger fait son coming-out de toxicomane et décrit en détail son vécu en tant que tel.

L’article a fait l’effet d’un véritable électrochoc pour tous les gens ayant une vision stéréotypée des toxicomanes, et il s'agit là sans doute d'un récit auquel de nombreux addicts se sont identifiés.

Schleger présente également un podcast, Dope Stories, au côté de Pauly “Dr Pauly” McGuire (connu grâce à Taopoker), qu’ils décrivent comme “une discussion posée à propos des drogues”.

Le poker est un sujet récurrent du podcast : tout récemment l’ancien champion du monde Greg Merson est venu y parler de son passif avec les drogues.

Nous avons rencontré Schleger pour évoquer avec lui ses projets et bien sûr parler un peu poker.

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Shane Schleger aux WSOP 2012.
 


Comment se passe ta reconversion, de joueur de poker à journaliste/podcasteur ?

C’est super intéressant et je m’éclate, mais c’est aussi un peu flippant ! Un peu comme quand je me suis lancé dans le poker et que je pensais avoir un bon potentiel, mais que je ne savais pas si j’arriverais à décrocher de bons résultats.

Les gens ont l’air de beaucoup apprécier Dope Stories. Ca doit te faire plaisir, non ?

C’est très encourageant. On vient de ce lancer dans un projet qui n’en est encore qu’à ses balbutiements, c’est important pour nous d’avoir un retour : c’est ce qui nous permet d’avancer. On peut encore une fois établir un parallèle avec le poker : pour l’instant, nous sommes en train de grinder pour essayer de progresser. La partie véritablement satisfaisante arrive plus tard, quand tu t’es confronté à plus de joueurs et que tu as obtenu de vrais résultats.

La question que tout le monde s’est posée en entendant ton histoire, c’est de savoir si oui ou non tu as déjà joué au poker, en ligne ou live, alors que tu étais sous l'emprise du crack. Tu as expliqué dans le podcast que ce n’était jamais arrivé, les deux n’allant pas bien ensemble. Penses-tu qu’au contraire, certaines drogues peuvent permettre de mieux jouer au poker (Adderall, etc.) ?

Permettre de jouer plus, oui certainement. Permettre de jouer mieux en revanche, c’est difficile à dire. Personnellement, je n’ai jamais entendu d’argument permettant de dire que le cannabis permettrait de mieux jouer au poker, ce qui n’empêche pas qu'il y a beaucoup de joueurs qui aiment en consommer pour jouer. Certains diront sûrement que cela leur permet de mieux gérer l’aspect émotionnel du poker, notamment au niveau du tilt, ou tout simplement qu’ils s’amusent plus, mais je ne suis pas sûr que ça contribue positivement à leur jeu, non.

Quant à l’Adderall, d’après ce que j’en sais il s’agit d’une version médicale de la méthamphétamine, donc j’imagine que les bons côtés du speed (vivacité, sensation de créativité débordante) sont transférables au poker. Par contre je ne peux pas dire que j’aie vraiment testé.

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La drogue est omniprésente dans le monde du poker, le cannabis en tête. Cependant, il y a plein d’autres milieux (sports extrêmes, finance, show-business, etc.) où les drogues sont très répandues, voire acceptées. Penses-tu que le poker soit plus propice aux drogues que d’autres voies ?

C’est une question compliquée. Je pense que le poker est assez représentatif de la nature humaine, c’est juste que nous sommes plus ouverts que d’autres sur nos addictions. Peut-être que les gens qui jouent au poker se soucient peu du regard des autres par nature.

De toutes façons, tout est une question de point de vue. En écrivant cet article, je me suis rendu compte que beaucoup de gens qui évoluent en dehors du monde du poker considèrent encore le poker et les jeux d’argent comme une manière par essence malhonnête et dépravée de gagner sa vie. Alors que personnellement, je ne trouve pas que notre métier soit très différent d’autres professions basées sur l’investissement, la gestion et la prise de risques qui sont acceptées dans notre société.

De la même façon, la société estime raisonnable de boire deux tasses de café par jour ou un ou deux verres de vin pendant le repas, mais pas de fumer un joint avec la tasse de café ou de se faire une ligne de coke après le repas. Au final, tout ça n’a pas grand chose à voir avec la toxicité de la chose, c’est plutôt une question de perception.

Les gens ont un peu tendance à fantasmer sur “la bonne époque”, mais il est très réaliste de dire que les drogues/l’alcool/les excès faisaient alors partie intégrante du poker. Penses-tu que ton parti pris de parler ouvertement de la drogue est perçu différemment selon la substance et l’époque ?

Mon idée n’est pas de “défendre” la consommation de drogues, même si je pense que vous aurez compris qu’il est difficile de dissocier le poker des drogues. Ce que je veux, c’est pouvoir discuter de manière ouverte et objective de la consommation de drogues et aller plus loin que les poncifs habituels qui occultent énormément de choses. Je pense que c’est le meilleur moyen d’arriver à résoudre nos problèmes comportementaux.

Il est évident que le poker est un milieu propices aux excès, et pas seulement au niveau des drogues : nourriture, sexe, jeux... Ce n’est pas nous rendre service sur le long terme que d’ignorer cette réalité.

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L'ancien backer Haralabos Voulgaris.
 

Haralabob a récemment déclaré sur Twitter qu’il avait été l’un de tes backers et qu’il venait juste d’apprendre que tu consommais du crack. Bien que tu n’aies jamais joué après avoir consommé, ne penses-tu pas que ce soit un peu malhonnête que tes backers n’aient pas été au courant ?

J’en ai discuté en privé avec Bob après ces tweets, je lui ai expliqué que sachant qu’il me trouvait déjà idiot de fumer des cigarettes, je ne voyais pas comment aborder le sujet plus délicat de cette drogue très stigmatisée.

En ce qui concerne Bob en particulier, il faut savoir qu’à l’époque où nous travaillions ensemble les drogues dures n’étaient que très peu présentes dans ma vie. Lui en parler serait revenu à évoquer une activité illégale à laquelle je m’adonnais entre une et quatre fois par an et que j’estimais n’avoir quasiment aucun impact sur mes capacités intellectuelles. Je ne pense pas lui avoir caché d’autres aspects de mon vécu avec les drogues, donc j’espère vraiment ne pas l’avoir trahi. Mais c’est vrai que sachant qu’il s’est senti trahi a posteriori, si je pouvais revenir en arrière, je le lui dirais. J’ai au minimum menti par omission.

Par contre en ce qui concerne l’année dernière, où j’admets volontiers que je fumais trop de cocaïne, je pense que mon backer de l’époque a une vision globale de mon comportement et ne porte pas de jugement sur les décisions que j’ai prises dans ma vie personnelle. Je pense qu’il serait d’accord avec moi quand je dis que je n’ai pas l’impression que ma consommation excessive ait affecté mes performances au poker.

Tu as parlé d’un juste milieu entre la dépendance totale et l’abstinence. C’est un sujet relativement tabou, ou du moins difficile à aborder sans tomber dans les poncifs sur l’addiction. A ton avis, qu’est-ce qu’il manque aux gens pour envisager une consommation modérée de drogues ?

Peut-être que nous sommes tous des toxicomanes, chacun à notre niveau. C’est pour ça que j’aime bien faire des parallèles entre le café, l’herbe, la crytstal meth ou l’Adderall. Notre manière de penser est très très marquée par des stigmates très forts qui empêchent de faire avancer le débat. Comme le prouvent d’ailleurs certaines réactions à mon article, selon lesquelles je défendrais la consommation de crack. Il est vraiment difficile de s’exprimer dans la nuance dans un domaine comme la consommation de drogues, dont les gens ont tendance à avoir une vision encore très manichéenne.

Les réactions à ton article sur Slate ont effectivement été assez fortes, et souvent très tranchées, comme tu l’as dit dans ton podcast. Est-ce que tu as lu tous les commentaires ? Est-ce que certains t’ont particulièrement marqué ou ont abordé des aspects du problème que tu n’avais peut-être pas envisagés ?

26 Dr Pauly
Le complice de Schleger, Dr. Pauly.
 

Je ne pensais pas que des commentaires allaient être aussi hostiles ou que ma personnalité toute entière serait évaluée à la lumière des stigmates associés à la consommation de crack, quand mon intention était au contraire de faire que les gens remettent en cause ces stigmates en s’appuyant sur mon vécu.

Je pense que beaucoup de gens évoluant dans le monde du poker ont plus facilement saisi les nuances de mon propos, probablement parce que notre profession elle-même a été beaucoup stigmatisée.

Dans le poker, les gens aiment en faire des tonnes et balancer des tas de noms et d’accusations diverses quand ce genre d’histoires sort. Est-ce que cela a été le cas pour toi ou les réactions ont-elles été plus positives parmi ton cercle de proches ?

Globalement, j’ai l’impression que les joueurs de poker ont été plutôt ouverts et compréhensifs. Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela, notamment la stigmatisation à laquelle beaucoup ont dû faire face dans le cadre du poker.

Les cures de désintoxication et les programmes du type Narcotiques Anonymes sont les réponses quasi systématiques lorsqu’on parle d’addictions. Penses-tu qu’ils constituent une solution ? Ou bien la vie d’un joueur de poker (par exemple) est-elle trop compliquée pour que cela soit si simple ?

Tout ce qui peut permettre de mener une vie plus saine a un intérêt. Comme je l’ai dit dans l’article, je pense que beaucoup de ce qu’on entend dans ce genre de structures est très intéressant. Ce que je conteste, c’est la notion qu’elles sont seulement utiles aux gens qui ont touché le fond et qui doivent à tout prix atteindre l’abstinence totale. Personnellement, je ne me vois pas du tout participer à ce genre de programmes, pourtant je pense avoir des choses à dire en ce qui concerne les addictions et leur traitement.

Est-ce que tu te vois continuer à jouer au poker dans le futur ? Es-tu satisfait de ce que tu as accompli ?

J’espère que le poker restera toujours un de mes hobbys ! Je voudrais garder un haut niveau et continuer à jouer de temps en temps. Je veux revenir à ce qui faisait du poker un jeu et pas du “travail”. L’idéal serait d’intégrer le poker à ma vie plutôt que d’adapter ma vie à une carrière de joueur de poker à plein temps.

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