Alex Stevic : « Les meilleures parties ? Celles avec les mecs de la mafia ! »

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Rencontre avec Alexander Stevic, vainqueur du premier EPT en 2004 à Barcelone, mais aussi un personnage haut en couleurs et hors du commun.

Alexander Stevic n'est pas seulement le premier vainqueur en EPT de l'histoire. C'est aussi un personnage incroyable comme le poker nous permet aussi parfois d'en découvrir. PokerListings a en tout cas eu le plaisir de le rencontrer en cet EPT de Barcelone 2013, là où tout a commencé pour le Suédois... ou presque.

Alors Alex, qu'est-ce que ça fait d'être de retour à Barcelone ?

C'est génial. J'étais là la première année, j'ai gagné, et me voilà de retour 10 ans plus tard. Ce sont des bons chiffres, 1 et 10. Si je gagnais cette année, je serais un peu le Maradona du poker.

Le 1 et le 10 sont tes chiffres porte-bonheur ?

En quelque sorte. J'aime beaucoup les chiffres en fait, c'est mon côté bizarre. Il y a le 29 aussi.

Hier j'étais au siège 1 de la table 29, c'était parfait. J'aime bien ce genre de signes.

Pourquoi le 29 ?

C'est un truc de joueur de roulette, même si je n'y joue plus parce que j'y ai perdu trop d'argent.

J'aime bien le 11 aussi, mais rien à voir avec la roulette, c'est parce que c'est un double-1.

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"J'essaie d'aller jouer dans des endroits bizarres."

Peu de gens te connaissent en dehors de ton titre à l'EPT Barcelone en 2004. Peux-tu nous parler un peu de ton parcours depuis ?

Après ma victoire au premier EPT, j'ai terminé 3ème de la finale à Monte-Carlo. Ensuite j'ai fait beaucoup de tournois pendant deux ans, mais sans grand succès.

Le problème c'est que les tournois coûtent vite cher lorsque tu ne gagnes pas, du coup j'ai commencé à faire de plus en plus de cash games, de toutes façons c'est ma spécialité. Jusqu'à aujourd'hui.

Du coup tu es toujours complètement professionnel ?

Oui, mais j'essaye d'aller jouer dans des endroits bizarres, de trouver des parties privées. Je ne suis pas un si bon joueur que ça, tous les jeunes joueurs sont meilleurs que moi donc j'essaye de trouver des endroits où le plus difficile est de rentrer dans les parties. Ça, je sais faire.

Je sais trouver les bonnes personnes, faire connaissance, boire un coup et jouer au poker.

Quel genre de poker on joue dans ces « endroits bizarres » ?

Oh, Omaha ou Texas, ça dépend. Le problème du casino, c'est que les bonnes parties sont les grosses parties. Si tu veux jouer au Texas en 2$/4$, tu te retrouves face aux jeunes joueurs talentueux. Alors que si tu joues en Omaha 25$/50$, tu peux jouer contre ceux qui ont de l'argent à dépenser. Il faut savoir chercher ces parties-là.

Vu comme tu le présentais je te voyais plutôt jouer des parties dans des endroits glauques avec des revolvers sous la table...

Oh, pourquoi pas. Je vais, ou j'allais en tout cas, dans des endroits vraiment bizarres.

L'année prochaine je pense aller en Afrique. Pas au Maroc, tout le monde y va maintenant. Mais à Madagascar, au Nigeria, en Angola, en Guinée Équatoriale... C'est difficile de rentrer dans ces pays, mais j'ai déjà tout organisé. J'ai un ami, un Coréen, qui travaille pour une entreprise de construction, qui connaît très bien le fils du Président de la Guinée Équatoriale. C'est un vrai dictateur hein, donc le pays n'est pas des plus sûrs, mais comme il connaît son fils, ça va. J'ai déjà mon invitation.

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"Quand j'ai dit à certains joueurs au Brésil que j'avais gagné 80 000 €, ils m'ont ri au nez."

Mais où tu rencontres des gens comme ça ?

Lui je l'ai rencontré pendant une partie de poker. Je l'ai trouvé sympa et intéressant. Je lui ai demandé ce qu'il faisait en Afrique et il a commencé à me raconter toutes ses histoires.
C'était génial. Je me suis dit qu'on devrait devenir amis, donc je l'ai invité au restaurant et il m'a dit : « Alex, je t'aime bien. Faut que tu viennes me voir en Guinée Équatoriale, je connais des endroits où on peut jouer au poker et j'ai envie que tu lances des parties et que tu les gères. »
Il a ajouté qu'on n'aurait pas à se soucier de la police vu qu'il connaît le fils du Président.

Tu joues avec le Président aussi ?

Non, non. Lui il est très sérieux. Pas son fils. Mais de toutes façons je n'y suis pas encore allé. Il y a trop de malaria et de trucs comme ça. Surtout que mon fils est né il y a un an et quelque, donc je voyage moins depuis.

Sinon je suis aussi allé au Brésil dans des endroits un peu louches. Il y a beaucoup de joueurs pro au Brésil, mais il y a 5 ou 6 ans, j'étais le seul pro à la table quand je jouais là-bas.

Ils te connaissaient ?

Non, mais je leur ai dit qui j'étais parce que quelqu'un m'avait reconnu. Ils m'ont demandé combien m'avait rapporté ma victoire à Barcelone. J'ai répondu 80 000€, ils m'ont ri au nez.

C'est là que j'ai réalisé que ces mecs étaient vraiment riches. Le gars à côté de moi n'avait jamais eu à travailler de sa vie, ça se voyait à sa peau. Plus tard on m'a expliqué que son grand-père (ou un truc comme ça) avait construit Brazilia et que sa famille possédait quasiment tout Sao Paolo. Un milliardaire quoi.

Tu n'as jamais peur pendant ces parties ?

Non. Honnêtement, je trouve que les meilleures parties sont celles avec les mecs de la mafia. Pas les jeunes qui n'ont pas encore beaucoup d'argent, eux ils me font peur. Mais les vieux gangsters qui sont blindés et qui ont passé 40 ans à essayer d'échapper à la police, eux ça va. Ils s'en sont sortis, ils ont de l'argent... Ils ont pas intérêt à chercher les ennuis. Et puis ils peuvent se permettre de jeter un peu d'argent par les fenêtres.

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"Quand tu sais que tu n'es pas aussi bon que les autres, il faut savoir trouver les bons endroits où jouer..."

Quand tu sais que tu n'es pas aussi bon que les autres, il faut savoir trouver les bons endroits où jouer ! Et puis c'est comme ça qu'on rencontre des gens intéressants et qu'on s'embarque dans des aventures...

En tout cas ça doit te changer d'être ici...

Oui, mais c'est sympa. Quand j'ai décidé de venir ici, beaucoup de gens m'ont dit que j'allais trouver ça trop gros, trop commercial, trop tout. Mais en fait, j'adore ça. Je trouve ce tournoi génial, il est tellement bien organisé. Je jouerais peut-être d'autres tournois.

Quel est le dernier tournoi auquel tu as participé sur l'EPT ?

Madrid, l'année dernière. Mais c'était mon premier depuis au moins 5 ans. J'habite à Madrid, c'est pour ça que j'y ai participé.

Tu joues depuis de nombreuses années maintenant. À ton avis, comment le poker a-t-il évolué, en bien et en mal, depuis tes débuts ?

Ce qui est bien, c'est que le poker s'est démocratisé, qu'il est mieux accepté et surtout légal. C'est beaucoup plus facile de trouver des parties. C'était encore mieux avant la crise quand il y avait beaucoup de bleus avec beaucoup d'argent. Ces gens-là n'auraient pas joué au poker s'ils n'en avaient pas vu à la télé et si ce n'était pas légal.

Le mauvais côté, c'est que tous les joueurs sont devenus meilleurs ! (rires)

Avec les logiciels qui permettent d'apprendre à jouer et tout ça, tout le monde peut apprendre à jouer du moment qu'ils sont un peu intelligents. Tout le monde parle des jeunes nerds qui débarquent mais moi j'adorerais en être un ! Ils ont appris le poker très vite, c'est plus facile que pour nous à l'époque. C'est plutôt une bonne chose pour le poker, mais ça veut dire que le niveau est de plus en plus haut. C'est d'autant plus difficile avec la crise, il y a moins de riches.

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"Aujourd'hui le poker est différent, c'est plus difficile, il faut être très concentré pour gagner."

Mais tout ça est normal. Il faut s'adapter ou arrêter de jouer. Moi je ne m'en plains pas, je m'éclate de toutes façons. Et puis de toutes façons, le mois prochain je serai dans un autre endroit bizarre. Tout va bien.

Est-ce que tu trouves que le comportement des joueurs a aussi évolué ?

Les joueurs prennent beaucoup plus le temps de réfléchir à la table maintenant. Avant, y'avait toujours deux ou trois vieux joueurs pour te dire de te bouger. Il n'y en a plus beaucoup maintenant, c'est dommage. L'ambiance était un peu plus folle à l'époque. Quand on gagnait on dépensait tout, on faisait des fêtes incroyables, on voyageait... On s'en fichait de tout perdre puisqu'il suffisait de jouer un peu sur Internet pour en regagner encore plus.

Maintenant c'est différent car c'est plus difficile, il faut être très concentré pour gagner. C'est difficile de gagner de l'argent donc les gens ne font plus autant de folies.

Il y a plus de choses en jeu...

Oui, voilà. Le jeu évolue et on doit s'adapter. C'est normal.

Ça ne m'empêche pas de rencontrer des gars sympa à table, mais peut-être un peu moins qu'avant, où il y avait toujours deux ou trois énergumènes prêts à raconter des anecdotes.

C'est plus tranquille maintenant, mais ça ne me dérange pas.

Sais-tu si ta victoire a inspiré des joueurs suédois à se lancer dans le poker ?

Je ne sais pas... J'étais assez connu pendant quelques années après ma victoire, mais il y avait beaucoup de joueurs en Suède à l'époque qui étaient bien meilleurs que moi. À mon avis ils ont inspiré plus de gens que moi. Ces gars ne jouent même pas ces tournois parce qu'ils ont trop d'argent. Maintenant ils se consacrent plutôt aux paris sportifs et aux gros cash games. 

J'ai entendu dire que tu était connu en Suède avant ta victoire à l'EPT à cause d'une émission de télé-réalité...

Oui, c'était une émission avec 16 jeunes qui devaient gérer un bar et chaque semaine quelqu'un était éliminé. On nous filmait au bar et à l'appartement qu'on partageait. Et puis parfois on nous emmenait ici et là.

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"Je savais qu'un jour ce serait à mon tour de gagner."

Honnêtement je pense que c'était une bonne émission, beaucoup plus intéressante que les émissions de télé-réalité qu'on voit aujourd'hui.

J'ai terminé 2ème alors que tout le monde pensait que j'allais gagner. J'étais le plus populaire des 16 candidats, mais moi je savais que je ne pouvais pas gagner. L'autre finaliste, celui qui a gagné, c'était le « loser » typique. Très sympa, gentil, mais le genre de gars qui ne gagne jamais. C'était évident que les gens allaient voter pour lui. Je l'ai même dit pendant l'émission : « C'est toi qui vas gagner, mais c'est pas grave. Je sais qu'un de ces jours ça sera à mon tour de gagner. »

Il a gagné à peu près 115 000€, mais j'étais content pour lui, c'est vraiment un gars sympa. Je savais que mon heure viendrait.

Est-ce que tu t'es lancé dans le poker juste après l'émission ?

L'émission était en 2000 ou en 2001 et j'ai gagné l'EPT en 2004.

Mais en fait je joue au poker depuis que j'ai 9 ans. Mon père était un joueur pathologique, je suis un joueur pathologique... Les chiens ne font pas des chats, comme on dit.

Ma compagne espère que mon fils ne jouera jamais, mais moi je m'imagine déjà lui apprendre à jouer aux cartes et tout ça. C'est comme ça que j'ai appris. On n'avait pas de lave-vaisselle et mon père me défiait : « Celui qui perd fait la vaisselle ! »

Je ne gagnais jamais, bien sûr, mais il m'a rendu accro.

Cela fait quelques années que tu habites à Madrid donc. Qu'est-ce qui t'as amené à Madrid depuis Göteborg ?

Ça fait presque 7 ans que j'habite ici.

En fait, j'ai passé quelques mois à Barcelone avec un ami, et puis un soir on a perdu beaucoup d'argent au casino. Il était 4h du matin, on avait une voiture, on a décidé de partir à Lisbonne. Mais Barcelone-Lisbonne c'est un long trajet, donc on s'est arrêté à Madrid pour passer la nuit dans un hôtel.

Tout ce que je sais, c'est que je n'ai toujours pas vu Lisbonne !

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"Un jour je me suis arrêté à Madrid avec un ami. Je n'en suis jamais reparti."

Mais j'adore Madrid. C'est beau, c'est propre.

Et le climat...

Oui, aussi. Et le poker ! Et la cuisine !

Donc la Suède en te manque pas ?

Pas du tout. Le climat est génial ici. Il y a un hiver, mais il y aussi les trois autres saisons. J'aime particulièrement le printemps et l'automne. Et puis je vis dans les montagnes autour de Madrid, donc l'hiver on a de la neige, on peut faire du ski.

En Suède par contre... non. J'ai besoin d'être dans le Sud.

Tu aimes le football ?

Oui, j'adore le football. J'en regarde énormément !

Quelle est ton équipe préférée ?

Bof, je n'ai pas vraiment d'équipe préférée parce que je parie beaucoup. Je vais quand même voir des matchs. Je vais voir jouer Getafe, le Rayo Vallecano, l'Atlético Madrid, le Real...

Si je devais choisir une équipe à supporter pour le titre, je crois que je choisirais l'Atlético, la Real Sociedad ou l'Atletic Bilbao, parce qu'ils n'ont que des joueurs basques. Ca serait impressionnant de gagner comme ça, mais ça n'arrivera jamais parce que les contrats télé sont beaucoup trop injustes ici. Le Barça et le Real touchent tout l'argent.

J'aime bien le Real quand même, j'aime leur jeu. Par contre le Barça m'ennuie terriblement, c'est que de la passe à dix ! Sur 90 minutes de match, il y a au moins 35 minutes passées à jouer à la baballe. Moi je veux voir des équipes comme le Real ou le Bayern... enfin si Guardiola ne détruit pas le Bayern comme Barcelone.

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"Le Barça m'ennuie terriblement. Sur 90 minutes c'est au moins 35 passées à jouer à la baballe."

Je pense que la Ligue 1 peut être intéressante aussi, avec Paris, Marseille et Monaco...

Tu suis vraiment la Ligue 1 ?

Oh je regarde TOUS les championnats, je suis un fou de football.

J'aimerais bien que tous les championnats soient de très haut niveau. Il y a 20 ans, je n'aimais que le Calcio. Maintenant le championnat italien n'est pas terrible, mais il y a l'Espagne, la France, etc.

Et le football suédois ?

Non. Aucun intérêt. Je le suivais quand j'habitais là-bas, j'allais souvent aux matchs avec mon père, on avait notre équipe. Et puis il a commencé à y avoir beaucoup de Nazis au stade, du coup on a arrêté d'y aller. Honnêtement, tu ne peux suivre le championnat suédois que si tu as une équipe favorite.

Je suis l'équipe nationale par contre, ils se débrouillent pas mal pour un petit pays. Je suis la Serbie aussi. Mais c'est plutôt une source d'anxiété. C'est facile d'aimer le foot quand tu supportes le Barça et l'Espagne, mais regarder jouer la Serbie me rend malade.

Sérieusement, je suis heureux qu'ils ne se soient pas qualifiés pour la Coupe du Monde, ça me permettra de profiter des matchs sans me rendre malade. Littéralement. Une fois, pendant un match Pays-Bas – Serbie, j'ai vomi quand les Pays-Bas ont marqué. Faut être maso.

Notre bloggeur suédois Ken Lennaárd a laissé entendre que tu avais un grand projet... Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?

J'ai une idée, oui, mais je ne sais pas encore si elle va être réalisable. Je dois en parler à PokerStars et voir si c'est faisable. En tout cas ma décision sera prise rapidement. Disons que c'est un peu difficile et dangereux.

Ça a un lien avec le poker ?

Non, ça n'a pas vraiment de lien avec le poker, c'est plutôt quelque chose de commercial. De la publicité. Mais quelque chose de risqué pour moi.

 

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