Interview : Almira Skripchenko

Almira Skripchenko
Septième de l'Event 36 de No Limit Hold'em des derniers WSOP, "ChessBaby" s'est définitivement affirmée comme l'une des joueuses les plus redoutables du circuit.

Almira Skripchenko s'est définitivement affirmée comme l'une des joueuses les plus redoutables du circuit. A quelques jours de sa participation aux World Series of Poker Europe de Londres, la championne de poker et d'échecs s'est prêtée au jeu des questions-réponses. L'occasion d'en découvrir plus sur la championne française et sa vie de joueuse de poker.




Almira, comment en es-tu arrivée au poker ?

C'est toute une histoire. A la base j'ai découvert le jeu en 2003, car à cette époque de nombreux joueurs d'échecs français ont commencé à migrer vers les parties d'argent.

Bien sûr je ne connaissais rien du jeu. Lorsque je revenais d'un tournoi d'échecs, nous avions toujours pour tradition d'aller à l'opéra ou au théâtre pour finir la soirée. Et puis un jour j'ai demandé [à mes deux amis] ce qui était prévu, et ils m'ont répondu « non, ce soir on va à un tournoi de poker ».

Lorsqu'on vous parle de poker, vous avez la vision un peu épique du poker, celle qu'on voit dans la littérature et au cinéma. Mais c'était un tournoi, comme une partie de sport, alors j'ai voulu y participer.

Pendant les dix minutes du trajet en taxi ils m'ont appris les règles, et la même nuit je me retrouvais en finale. Je les ai d'ailleurs éliminés tous les deux vu qu'ils étaient très sceptiques à propos de mes compétences. Bien sûr j'ai dû apprendre de chaque main et j'ai bénéficié de beaucoup de chance, mais je pense que les joueurs d'échecs sont naturellement faits pour devenir des joueurs de poker.

Pourquoi penses-tu que les joueurs d'échecs tels que vous sont faits pour le poker ?

Parce que les échecs demandent leur lot de raisonnement stratégique, et que celui-ci est plus important que les maths car celles-ci peuvent être maîtrisées par tout le monde. Alors que le reste, ces compétences stratégiques et analytiques, vous devez les développer.
Il nous est aussi plus facile de se concentrer car les parties d'échecs durent dans les sept heures, induisant beaucoup de calculs pour un jeu très complexe. En plus j'y joue depuis que je suis petite.

Et donc tu as fini par prendre le train du poker en route...

Oui j'avais très peu joué jusqu'en 2008, lorsque Winamax m'a offert mon contrat de sponsoring. Mais j'ai toujours eu de bons résultats dans les petits tournois à 50$ ou 100$ de buy-in que j'ai joués à l'Aviation Club de France. J'ai aussi pris part à un show télévisé réservé aux stars du sport et joueurs de poker, où j'ai finie deuxième.

Et puis en 2008 Winamax m'a donc donné l'opportunité de jouer des gros tournois, ce qu'une femme ne pouvait bien sûr pas faire par elle-même en raison de la contrainte financière, à moins de déjà jouer en cash game.

Justement, joues-tu en cash game?

Les parties d'argent ne m'intéressent pas. Je prends juste le poker comme les échecs, c'est-à-dire comme un sport.

Te consacres-tu maintenant encore plus au poker que ce que tu ne l'as fait pour les échecs ?

C'est un challenge différent et je dois être prête à prendre ce risque. Aux échecs j'ai déjà presque tout gagné. Il me manque juste le titre de Champion du Monde, et je vais d'ailleurs continuer d'essayer de le décrocher, en disputant les Championnats du Monde l'année prochaine.

Le poker est un jeu où vous devez oublier absolument tout ce que vous savez à propos des échecs ou de ce qui a fait de vous un très bon joueur d'échecs. Bien sûr vous devez conserver certaines compétences, mais vous devez également en acquérir quelques nouvelles et inclure certains facteurs dans votre prise de décision, des choses auxquelles vous n'auriez même jamais pensé.

J'ai dû apprendre comment bluffer et comment agir, ce qui est complètement contraire à ma nature. J'ai dû intégrer énormément d'éléments. Cela m'a aussi quelque part permis d'apprendre à mieux me connaître. C'est un peu comme de la psychanalyse, parce que j'ai finalement découvert que j'aimais beaucoup ça.

Les échecs sont un jeu calme, et aussi très rationnel. Bien sûr le poker est aussi rationnel, mais le facteur risque au poker n'est presque jamais de mise aux échecs.
Pour moi le poker est un défi personnel. Je ne joue pas de cash games parce que je ne suis pas vraiment intéressée pour simplement mettre de l'argent ou chercher à trouver des joueurs plus faibles. Ce qui est important pour moi c'est la performance.

Si vous jouez bien, même si la variance est élevée, à la fin vous progressez et maîtrisez de mieux en mieux les choses. Et à la fin vous serez toujours récompensé pour votre performance. Mais cela vient en suivant.

Combien de tournois as-tu joués durant les WSOP 2009 ?

Je n'ai joué que six petits tournois, et dans deux d'entre eux j'étais complètement sous le coup du jet lag, alors je dormais.

Bien qu'en ayant fait une table finale, tu as quitté Vegas avant le Main Event cette année ?

J'ai senti que j'avais besoin de plus d'entraînement pour jouer le Main Event. Entraînement physique je veux dire. Avant Barcelone, je faisais deux heures de sport quotidiennes en août, j'ai même laissé tomber mes tournois d'échecs parce que je voulais être fin prête.

Même aux échecs, une grosse différence se fait au niveau de l'endurance physique. Après dix heures de jeu votre potentiel décisionnel se détériore. En tant que joueuse d'échecs et joueuse de poker, je sais que j'ai besoin de m'entraîner et également de regarder ce que je mange, en faisant notamment attention au sucre. Tout ça est très difficile, mais j'essaie de faire du mieux que je peux.

- Seconde partie de l'interview.


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