Bio joueur : Jennifer Harman

Jennifer Harman

La route qui a conduit Jennifer de ses parties de poker sur la table de la cuisine, jusqu'à Reno et au Big Game de Las Vegas, a été longue, très longue.

Et dans l'histoire de la vie de Jennifer Harman, ce voyage a pris plusieurs années, jalonné par une valise pleine de costumes de serveuse de cocktails, des années à assimiler la stratégie en cash games, un flirt avec la banqueroute, des problèmes de santé, mais aussi des milliers de jetons gagnés.

Cette histoire, elle débute à Reno, dans le Nevada, la plus grande des petites villes du monde pour une fille qui allait devenir la plus grande petite joueuse de poker en ville.

Harman joue sa première main alors qu'elle n'a que 8 ans. Après s'être immiscée à la table pour y voir ce qu'il s'y passait lors des parties domestiques de son père, elle en apprend finalement tellement qu'il commence à l'intégrer à la partie tandis qu'il a à sortir. Et bien souvent dit-elle, elle gagnait suffisamment d'argent pour que son père puisse finir la partie à jeu en effaçant ses pertes de début de partie.

Cette carrière de professionnelle de poker naissante fut cependant importunée par des problèmes de santé chroniques. Jennifer dût finalement subir une transplantation de rein, lui permettant de continuer d'aller à l'école et de jouer aux cartes.
A l'âge de 16 ans, Harman s'était procurée une fausse carte d'identité et l'utilisait pour rentrer dans les salles de poker. Cette incursion dans les casinos fut cependant un réel coup d'arrêt pour Jennifer, qui se voyait faire face à des adversaires plus forts, et perdant de ce fait assez souvent.

Après son diplôme acquis au lycée, l'adolescente de 1,58m et 45 kilos se rend à l'Université voisine du Nevada pour y étudier la biologie. Une fois sur place elle commence par travailler à temps partiel, occupant plusieurs petits jobs de serveuse de cocktails. Ce travail permettait en plus à Jennifer de garder un œil sur la salle de poker, et d'aller y prendre place dès la fin de son service pour aller jouer ses pourboires.

Mais le poker était alors déjà plus qu'un hobby. Harman aimait le jeu et était une joueuse prometteuse qui complétait ses milliers d'heures à la table par des lectures stratégiques et une observations attentive de ses adversaires.

Malgré l'obtention de son diplôme, Jennifer décide du coup de s'écarter de la voie train-train d'un boulot bateau du matin au soir ; elle déménage à Las Vegas pour quitter Reno et commence par faire le service de bar dans un hôtel. Après trois jours passés à préparer des cocktails, un ami lui conseille d'aller jeter un œil du côté du Bicycle Casino pour y trouver de sacrées parties de poker. Et Harman aima tellement ce qu'elle y vit qu'elle quitta son travail après seulement cinq jours, pour se mettre à jouer à plein temps.

Au début Jennifer voyait juste le poker comme un amusement, pas un choix de carrière en tous les cas. Cette décision prise ne convint d'ailleurs guère à son père, qui ne lui parla plus pendant des années après ça.

Après deux années passées à Los Angeles, Harman décide de laisser le poker de côté pendant un an, et de flamber un peu en lançant sa propre affaire. Elle se rend à Maryland, Washington, pour y tenter sa chance. Pari perdant : Harman se trouve ruinée durant l'année.
Pour se sortir de l'endettement, Jennifer sait alors qu'elle allait devoir recommencer à jouer au poker. Elle emprunte de l'argent à un ami et suit les traces bien éprouvées des flambeurs en recherche de rédemption à Las Vegas.

Harman allait plus tard dire qu'elle avait aussi cette impression que les grands joueurs engrangeaient leur expérience à Vegas, là où la compétition se montrait la plus acharnée et la plus enrichissante.

Pendant des années Harman ne traîne cependant ses guêtres que du côté des parties moyennes limites, ne se lançant qu'occasionnellement dans des parties à plus hauts enjeux telles la 50$/100$. Avec la confiance d'un vétéran et une grosse bankroll, elle monte ensuite de limites, des parties à 75$/150$ jusqu'à celles à 200$/400$. Son jeu restant toutefois fluctuant, Harman navigue d'un niveau de jeu à un autre, perdant et descendant même de limites par intermittences.

Quand 1993 arrive, la bankroll de Jennifer est au plus bas. Elle flirte même avec la banqueroute sèche après une année de pertes aux parties 50$/100$ du Mirage, et est forcée de prendre un crédit de 50 000 $ auprès d'un ami pour pouvoir revenir dans l'action. Jennifer se remet cette fois sur la pente ascendante, et n'a plus jamais eu à se soucier de sa bankroll depuis.

Bien qu'elle était presque exclusivement une joueuse de cash game (parties d'argent), Harman commence à s'embringuer dans les tournois au milieu des années 90. Avec succès.
Elle réussit une impressionnante 6ème place dans l'épreuve de Pot-Limit Hold'em à 2 000 $ des World Series of Poker 1995, puis se classe 13ème dans l'épreuve de Limit Hold'em à 1 500 $ en 1999. Entremis, elle remporte le No-Limit Hold'em championship du Commerce Casino et l'épreuve de Limit Hold'em à l'Orleans Open.

Son gros coup elle le réussit cependant aux World Series 2000. Harman n'avait encore jamais joué au No-Limit 2-7 Draw, mais elle remporte l'épreuve en s'adjugeant un bracelet en or et 146 250 $.
Les WSOP 2002 allaient lui permettre de venir ajouter plus d'argent sur son compte et un second bracelet à son poignet, avec sa victoire dans l'épreuve de Limit Hold'em à 5 000 $ pour 212 440 $.

Harman a également connu le succès avec le World Poker Tour, son meilleur résultat y étant une 4ème place dans le Championnat 2004 pour près de 300 000 $.
Son plus gros gain en tournoi reste cependant acquis dans le WSOP Circuit Championship Event à 10 000 $, où elle récolta 384 000 $ pour sa seconde place.
A noter également une 3ème place dans le WPT Bay 101 Shooting Stars de San Jose, pour un gain de 330 000 $.

Les World Series 2010 furent eux-aussi plutôt bons pour Jennifer, avec deux places payées pour deux tables finales, une 6ème place dans l'épreuve de 7-Card Razz à 2500$, et une 3ème dans celle de Championnat du Monde de 7-Card Stud Hi-Lo 8 à 10000$.
Ironie du sort, ces deux tournois auront été remportés par le même homme, Frank Kassela.

Les gains de Jennifer s'élèvent à fin 2010 à quelques 2,6 millions de dollars.

Mais tout ceci était encore loin de ses meilleures nuits à la « Bobby's Room », la salle de poker du Bellagio à Las Vegas, où les plus gros joueurs de cash game parmi lesquels les fameux Doyle Brunson, Chip Reese, Phil Ivey et Daniel Negreanu battaient le fer à des limites de 3000$/6000$. Durant ses années de jeu dans le Big Game, Harman aura connu des swings (variations) de demi-millions de dollars, dans un sens comme dans l'autre.

Dans une bonne année, Harman dégageait 1 million de dollars en jouant quatre nuits par semaine au Bellagio. « Je suis probablement la personne la plus pauvre à la table » disait-elle pourtant.

Harman connut tout de même de belles nuits. Son plus grand triomphe en une session ? Neuf millions de dollars aux dépends du milliardaire Andy Beal, en tant que membre de « La Corporation ». Jennifer était l'un premiers membres de ce groupe formé par quelques-uns des meilleurs professionnels du poker, qui mirent en commun leurs forces pour se battre en heads-up contre le banquier du Texas.

Ses expériences avec Brunson à la Bobby's Room et avec La Corporation auront d'ailleurs conduit Texas Dolly a choisir Harman pour écrire le chapitre sur le Limit Hold'em dans Super/System 2, l'une des variantes de poker favorites de Jennifer et un jeu où elle gagne constamment. Dans son introduction au livre, Brunson écrit : « Je suis convaincu qu'elle n'est pas seulement la meilleure joueuse en activité, mais qu'elle figure également parmi l'élite des joueurs de poker dans le monde. »

Harman a écrit ce chapitre en 2004, l'année où une seconde greffe de rein la força à s'éloigner des World Series. Après avoir pris le temps nécessaire pour récupérer, Jennifer put ensuite reprendre sa place aux tables.
L'expérience l'aura conduite à s'engager en faveur de la cause pour les dons d'organes. Jennifer a même depuis fondé CODA, Creating Organ Donation Awareness, tout en continuant d'œuvrer pour récolter des fonds.

Comme si le nombre de victimes de son jeu agressif en cash games et tournois n'était pas suffisant, Harman joue également en ligne à l'occasion. Elle coache enfin son mari Marco Traniello, ancien coiffeur-styliste aujourd'hui joueur de poker confirmé (27 places payées WSOP).

Durant son temps libre, Jennifer aime jouer avec ses quatre chiens, passer du temps avec ses amis, skier, la musique, le cinéma, et faire des "Pilates" (un système d'exercices physiques).

Divers et anecdotes

* A subi deux greffes de reins
* Détentrice de deux bracelets en or des WSOP, en No-Limit 2-7 Draw et Limit Hold'em
* Joue quatre nuits par semaine dans le Big Game
* A remporté 9 millions de $ pour La Corporation en heads-up face au milliardaire Andy Beal

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