Suivre ou Relancer au Poker ? Quand ne pas sous-jouer (Slow-play) ?

Joseph Tehan hésite à suivre ou relancer au poker
"Je suis ou je relance ?"

Le poker est un jeu qui évolue, et les joueurs gagnants doivent s'adapter. Mais plus les gens verront des joueurs gagner avec un certain style, plus ils essaieront la même chose et copieront.

Il y a quelques années, le poker était généralement un jeu très serré-passif. Désormais, avec tant de joueurs prenant des notes sur les meilleurs joueurs, une agressivité généralisée s'est substantiellement développée.

Il y a plus de dix ans, personne ou presque n'avait entendu parler du 3-bet (sur-relance). Or il est maintenant courant de trouver des joueurs faisant du 4-bet dès les plus petites limites.

Ainsi une stratégie reconnue pour marcher il y a quelques années, peut ne plus être autant utile qu'elle ne l'était. En guise d'exemple cette maxime : « Les fish suivent, les requins relancent » ; elle n'est plus une vérité totalement exacte.

La majorité des joueurs vont ajuster leur jeu pour faire partie des plus gros gagnants. Mais comme de plus en plus de joueurs changent leur style de jeu pour singer cette élite, les gagnants vont basculer vers une nouvelle stratégie - ou carrément vers un nouveau jeu - pour rester un cran devant tout le monde.

Quand suivre affiche une faiblesse

C'était principalement vrai et ça l'est toujours. Contrairement pourtant à ce que la citation du dessus indique, montrer une faiblesse n'est pas une mauvaise chose face à l'agression.

Prenons un simple exemple : si vous détenez les nuts (la main max absolue), il peut se trouver plus rentable de laisser les joueurs vous agresser, vous et le pot, plutôt que de les alerter à propos de la main que vous avez.

La majorité des joueurs de poker ont un niveau tout au plus moyen. Nombre de ces joueurs vont tenter de jouer le même jeu agressif que celui de l'élite, mais il leur manque la fine mise au point et le talent de ceux qu'ils imitent.

Ces joueurs vont vite vous mettre sur un tirage - n'importe lequel - et vont vous asséner leur « 3-barrel » (trois cartouches tirées jusqu'au bout) en vertu de leur lecture, espérant vous faire coucher.

Phil Ivey déstabilisé par un call
Suivre face à un joueur talentueux envoie certains signaux.

Vous leur montrez ainsi cette faiblesse pour attirer de plus grosses mises qu'ils ne feraient s'ils étaient sur leurs gardes. Des joueurs avec deux cartes inutiles qui misent gros face à vous c'est exactement ce que vous voulez voir, et ils sont nombreux à être prêts à le faire.

Quand suivre affiche de la force

Lorsque vous jouez contre un joueur très talentueux, suivre peut envoyer plus de signaux d'alarme que de relancer ou miser. Un très bon joueur vous donnant du crédit, comprendra la situation et ce que cela peut impliquer pour votre main.

Ce type de joueur estimera que vous allez protéger vos mains vulnérables, en essayant de prendre contrôle des pots pour forcer les joueurs à ne pas vous les contester. Il estimera également - pertinemment - que vous connaissez les côtes du pot et les côtes implicites, et que vous jouez en fonction.

Avec cette image de vous en tête, le fait que vous suiviez leurs grosses mises se montrera très suspect. Si vous êtes en heads-up, ils ne peuvent vous voir sur un tirage avec un tel call. En fait, cela présenterait plus de sens pour vous de miser sur la carte à venir avec un tirage pour gagner de la fold equity (espérance de faire coucher l'adversaire).

Lorsque vous les suivez, ils doivent maintenant penser que vous avez une main suffisamment forte pour que vous n'ayez pas besoin d'une cote du pot de 3 contre 1, et également que vous n'avez pas besoin de protéger votre main. Si vous avez une image très forte et agressive, avec rien qui n'indique que vous ne soyez une calling station, se contenter de suivre de telles mises constituera un signal d'alarme pour les autres bons joueurs.

Le relanceur contrôle la main

L'agresseur contrôle toujours la main en cours, ça ça ne change pas. Durant ce processus se dessine un sentiment de sécurité. Si vous avez le jeu max, vous voulez l'autre sous contrôle, à l'aise et insouciant.

Dans le même temps, sans les nuts, vous voulez presque toujours avoir le contrôle de la main. Celui qui contrôle la main gagne le plus d'espérance de gagner le pot. Face à tous les joueurs serrés, cherchez à avoir le contrôle, en les relançant. S'ils ne veulent jouer que les mains fortes, vous devriez relancer à chaque fois que vous en avez l'occasion.

Du point de vue d'un joueur serré, la vaste majorité des mains distribuées ne sont pas fortes. Vous devriez exploiter cette contrainte qui est la leur pour jouer tout ce qui est en dessous des nuts.

L'importance du contrôle du pot

D'un autre côté, si vous êtes face à un joueur très large qui aime aller voir les rivers, le contrôle du pot est plus important que le fait d'être l'agresseur. Si le joueur ne va de toute façon pas se coucher, vous ne pouvez gagner la moindre espérance de fold en relançant.

Alexander Veldhuis
Contrôlez le pot si vous n'êtes pas sûr d'être devant.

En relançant, vous allez faire grossir le pot. Plus le pot sera gros et attractif, moins votre adversaire large envisagera de se coucher.

Dans une situation où vous n'êtes pas vraiment sûr d'être devant, il est donc meilleur de contrôler la taille du pot et de garder votre variance basse. La plupart du temps, la meilleure façon de contrôler la taille du pot est de simplement suivre, ou check-call.

Lorsque des joueurs décents s'en occupent, la taille du pot va augmenter exponentiellement. Plus il y aura de l'argent dans le pot, et plus les mises que les joueurs feront seront importantes, entraînant l'augmentation substantielle de chaque mise en conjonction avec la taille totale du pot.

L'augmentation exponentielle du pot nous montre que les moments les plus importants pour le contrôle du pot sont pré-flop et sur le flop. Ma méthode empirique est la suivante :
Lorsque vous avez le plus gros potentiel de main, vous voulez des gros pots.
Lorsque votre équité est moindre que celle de vos adversaires, vous voulez des petits pots. Comme notre autre article donné en lien le souligne, en résumé : grosse main = gros pot, petite main = petit pot.

La grosse erreur de la River

Si vous pensez qu'un adversaire bluffe à la river, relancer est un jeu absolument horrible. Mettons que votre lecture sur l'ensemble de la main est telle que vous le voyiez sur un tirage couleur. La river arrive, et le tirage est manqué. Pour la première fois dans la main, il ouvre le tour de mise plutôt que de checker.

Dans cette situation, relancer est une erreur évidente. Si votre lecture est correcte, l'autre joueur n'a rien et vous battrez probablement son bluff. Si votre lecture est incorrecte et que le joueur vous bat, il va vous revenir dessus avec un 3-bet ou même vous mettre à tapis.

Cette relance à la river ne vous fait donc absolument rien gagner, tandis que de simplement suivre ici vous sera plus bénéfique sur le long terme.

Finir « large »

Ce conseil marche pour toutes les versions de poker : en ligne, live, en cash ou en tournoi. Mais il est plus significatif au niveau des parties de cash game live. La plupart du temps dans la plupart des tournois, vous serez forcé de jouer un jeu de « push or fold » (relance ou se coucher), car les stacks ne seront pas assez gros pour que vous puissiez envisager une approche plus élaborée.

Le poker en ligne est bien plus agressif dans son ensemble, mais je ne suis pas en train de vous dire que vous ne devriez pas calmer les choses. Cependant il y a certains moments, comme je l'ai précédemment établi, où suivre est un meilleur jeu que de relancer, même au poker en ligne.

Vous ne pouvez pas réellement jouer au golf avec un seul driver dans votre sac. L'agression est un outil important, mais celle-ci demande à être utilisée avec les autres armes de votre arsenal.

Parfois, maximiser vos profits implique de ralentir votre jeu. Il existe toujours un frein à côté de la pédale d'accélérateur. Je recommande d'utiliser les deux.

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Pourquoi vous ne devriez pas Slow-Player

Vue table de poker en vue subjective

Sous-jouer au poker (ou slow-player) est une tendance qu'ont les débutants pour vouloir piéger leurs adversaires. Mais ce n'est pas toujours bon.

L'objet du poker est de gagner le plus d'argent. C'est ça, c'est votre but. C'est la raison pour laquelle vous jouez au poker et pas aux dominos.

En d'autres mots, toutes les stratégies que vous employez sont juste des moyens pour une fin : l'argent. A la lumière ce cela, l'une des erreurs que je vois faire la majorité des nouveaux venus est de slow player. Ou de trop slow player.

Slow-player (sous-jouer en français) est généralement contre-productif. Si votre but est d'avoir le plus d'argent dans le pot, comment allez-vous pouvoir le faire en simplement checkant ? Vous construisez les pots en misant avec vos grosses mains, pas en vous cachant dans les fourrés avec.

Voici un exemple de slow play typique :

Stacks effectifs 200$ ; blinds 1$/2$. Vous avez 6 6 au bouton. Un joueur en début de parole relance à 6$ et vous suivez.

Le flop vient : 3 6 A. Votre adversaire mise 10$. Vous suivez. Le turn est le T.

Votre adversaire mise 18$ et vous suivez juste. La river est le 7. Votre adversaire checke et vous misez 35$. Votre adversaire suit. Vous abattez votre brelan de six et il mucke son A K. Vous récupérez un pot de 138$.

Ok, vous avez donc gagné un pot de 138$. Vous pourriez vous frotter les mains en disant "nice hand". Mais ce n'est pas bien joué.

Lorsque vous floppez une grosse main telle qu'un brelan, vous voulez jouer pour les tapis entiers. Vous l'avez attendue cette main, jetant des 6-2 et 5-9 toute la journée. Alors maintenant que vous avez enfin touché votre monstre, vous voulez le gaspiller en essayant de slow-player ? Ce type de stratégie n'est simplement pas bonne.

Les grosses mains demandent de gros pots

Lorsque vous floppez un monstre, vous voulez gagner le tapis de votre adversaire. Or il est très difficile de remporter le stack de quelqu'un en faisant du slow play.

Pourquoi ? Parce que lorsque vous sous-jouez vous vous retrouvez souvent avec un petit pot à l'arrivée. Votre objectif de mettre tous vos jetons au milieu lorsque le pot est petit devient très difficile à la fin du coup. Vous ne pouvez en effet décemment pas miser 200$ dans un pot de 4$, n'est-ce pas ?

Gavin Smith n'a pas envie de slow play (sous-jouer) dans cette main
Sous-jouer risque souvent de vous faire gagner des pots moins importants que vous auriez pu.

Si vous construisez le pot tout au long du coup, il sera suffisamment gros à la fin pour que vous puissiez confortablement miser votre stack entier sans que la mise finale semble disproportionnée.

La main de notre exemple a été bien jouée par notre adversaire. Il l'a jouée comme la plupart des adversaires le feraient dans cette situation. Il mise sur deux cartes et voyant que vous avez suivi à de multiples reprises, choisit l'approche conservatrice à la river. Il checke finalement pour suivre votre petite mise à cette river.

Cela lui aura évité d'être relancé (ce que vous auriez fait). Dans cette situation, il est très difficile d'être payé après avoir suivi sur deux rues. Si vous aviez relancé le flop, alors il aurait probablement eu à suivre avec sa top paire, top kicker, et aurait donc davantage construit le pot.

Jetons un œil au même exemple mais sans slow play cette fois :

Stacks effecifs 200$; blinds $1/$2. Vous recevez 6 6 au cut-off. Le joueur en début de parole rentre pour 6$. Tout le monde se couche jusqu'à vous ; vous suivez.

Le bouton et les blindes se couchent et vous voyez le flop suivant en heads-up : 3 6 A. Votre adversaire mise 10$. Optant en défaveur du slow play ici, vous relancez à 45$. Votre adversaire suit.

Le turn apporte le T. Votre adversaire checke. Il y a maintenant 102$ dans le pot et plus qu'un peu moins de 150$ restants dans votre stack. Vous misez 70$.

Votre adversaire suit. La river qui vient est le 7. Votre adversaire checke et vous misez vos 80$ restants. Votre adversaire suit et abat A K. Votre brelan de 6 prend le pot de 400$.

En construisant le pot tout du long, cela a rendu plus facile la possibilité de mettre votre stack entier en jeu. Lorsque le pot est gros cela donne également à votre adversaire des cotes correctes... et fatales. Il peut d'ailleurs avoir pris conscience à la river qu'il était pot-committed (définitivement engagé), puisqu'il avait déjà mis 60% de son stack en jeu, avec un pot lui offrant une cote de 4 contre 1 sur son call - rendant sa main extrêmement difficile à coucher.

Les fois où le Slow-play est le jeu correct

Oui vous avez raison. Au poker, une stratégie n'est jamais toujours correcte. Vous avez toujours besoin de prendre en considération la dynamique de la table, votre image, les tendances de jeu de vos adversaires, etc, avant de décider d'agir.

Je ne prône pas de ne jamais slow-player. J'encourage juste à l'utiliser avec parcimonie.

Une situation où le slow-play se trouve correct est face à un joueur ultra-agressif que vous sachez capable de miser fort sur trois rues avec des mains faibles et qui continuera son agression jusqu'à ce qu'il soit contré. Dans ce cas, il n'est pas affreux de sous-jouer.

Exemple :

Vous jouez un adversaire extrêmement agressif. Vous l'avez vu miser trois rues avec une petite hauteur as.

Les stacks effectifs sont de 200$, les blinds à 1$/2$. Vous recevez T T à la petite blind. L'ultra-agressif relance à 8$ UTG et tout le monde se couche jusqu'à vous. Vous décidez juste de suivre. Le flop vient avec T 2 5, vous offrant un joli brelan max.

Table de poker vue en plongée
Considérez toujours la dynamique de la table, votre image, et les tendances de vos adversaires avant de décider comment jouer.

Vous checkez et votre adversaire mise 20$. Vous suivez juste. Le turn est le 5. Vous checkez et votre adversaire mise 65$. Vous suivez.

La river est l'A. Vous misez 100$ et votre adversaire suit avec A 4. Vous récupérez le pot avec votre full house.

Dans cette situation, vous savez que votre adversaire est ultra-agressif. Vous savez qu'il va miser avec pratiquement n'importe quoi. Il va construire le pot pour vous. Il n'y a ainsi aucun besoin de relancer et de lui faire coucher sa main faible.

En bref cette situation n'est pas une situation courante, vous devez ainsi être en accord avec la dynamique de la table. Vous devrez être certain que cet adversaire va vouloir continuer de miser.

Notez également que dans l'exemple le héros mise à la river. Il est très risqué de manœuvrer pour un check-raise lorsque notre main est aussi forte. Si la river se traduit par un check-check, vous pouvez perdre beaucoup de valeur.

En conclusion vous ne devez pas tout bonnement stopper le slow-play. Cependant, si vous vous faites une habitude de sous-jouer toutes vos grosses mains, vous perdez probablement une tonne de valeur ! Sans même parler du fait que vos adversaires auront vite compris votre manœuvre...

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