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Le Top 5 des Tricheurs

Le Top 5 des Tricheurs

Pour gagner au poker, certains utilisent d’autres armes que leur talent à la table… Voici cinq histoires dont les protagonistes ont un jour pensé que tricher était la solution la plus rentable pour amasser les dollars.

1) Ali Tekintamgak

Son nom imprononçable aurait pu suffire à le faire remarquer dans le monde du poker. D’autant plus que le joueur allemand s’était signalé par quelques bonnes performances sur le circuit en 2010 : 125ème de l’EPT Grand Final à Monte-Carlo, vainqueur du WPT Barcelone, et 5ème de l’EPT Tallinn, un parcours couronné par une accession à la table finale du PPT en novembre dernier.

Problème, Tekintamgak semble devoir ces performances à une certaine idée de la lecture du jeu adverse : quelques jours avant la finale, il est exclu du tournoi, accusé de tricherie. Un faux journaliste, qui se plaçait derrière les autres joueurs autour de la table, lui communiquait en effet les cartes de ces derniers !

Trahi par des vidéos compromettantes, Tekintamgak aurait d’ailleurs fait des émules, puisque le joueur turc Kadir Karabulut a été exclu du Dom Classic au Pays-Bas pour les mêmes raisons.

2) Sorel Mizzi

Sorel Mizzi
Sorel Mizzi

Régulièrement, son nom revient en première ligne lors des affaires de triche dans le poker. Accusé d’avoir vendu son compte FullTilt à un autre joueur en 2007, le Canadien s’était fait fait bannir de la room la même année pour multi-accounting : il avait remporté un tournoi en ligne qu’il n’avait pas débuté, remplaçant le journaliste de Bluff Magazine Chris Vaughn.

Mizzi doit aujourd’hui faire face à une nouvelle accusation : John Racener, le runner-up du Main Event des WSOP 2010, l’a ouvertement accusé de tricher lors d’une partie de poker chinois de High-Stakes, en distribuant les cartes par le dessous du paquet.
Rien n’est prouvé dans cette affaire, mais Mizzi ferait bien d’avoir de bons arguments pour ne pas ternir encore sa réputation…

3) Brian Hastings, Cole South et Brian Townsend

L’échange d’historique de mains : voilà sur quoi est basée cette affaire révélée fin 2009.
Si la pratique n’est pas interdite par la loi, elle l’est en tout par certaines poker rooms online et est très mal vue d’un point de vue éthique.

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Brian Townsend

Résumé : en 2009, le prodige online Isildur1 met le feu aux tables High Stakes de FullTilt. Pour tenter de le contrer, Brian Hastings, Cole South et Brian Townsend, trois « regs » (habitués) de la room, s’échangent des infos sur le jeu du Suédois, et notamment les historiques de mains de leurs sessions respectives contre Isildur.

Résultat : Hastings réussira à prendre la somme faramineuse de 4,2 millions de dollars au Suédois en une seule session, du jamais vu dans l’histoire du poker online ! Seul Townsend, reconnu coupable de « datamining », a vu son compte et son statut Red Pro Full Tilt suspendus pendant quelque temps par le site, une sanction très clémente. Quand à Hastings, il n’a jamais rendu les millions…

4) Ultimate Bet

Voilà sans doute le plus grand scandale de triche à grande échelle depuis la démocratisation du poker en ligne. En effet, la triche remonte au plus haut niveau de la room Ultimate Bet, où le patron Russ Hamilton (vainqueur du Main Event 1994) se remplissait les poches sur le dos des joueurs.

L’escroquerie, découverte en janvier 2008, se monterait à plus de 20 millions de dollars.
Le principe ? L’utilisation de comptes « supers-users » (super-utilisateurs), destinés à la base à régler les problèmes sur la room, à des fins malhonnêtes. Ceux qui disposaient de l’accès à ces comptes pouvaient voir les cartes de tous les joueurs à la table et ainsi les plumer tranquillement.

De plus, certains employés du site seraient allés se servir directement sur les comptes des joueurs de la salle… Un scandale inspiré par les agissements d’une autre room quelques années plus tôt, comme vous allez le découvrir ci-dessous.

5) Absolute Poker

Plus ancienne, cette affaire est similaire au feuilleton Ultimate Bet. Un joueur, sévissant sous le pseudo de « Potripper » (littéralement voleur de pots en français), aurait été au courant des cartes cachées de ses adversaires pendant un tournoi, grâce également à un compte « super-user » manié par un des employés du site.

Après un minutieux travail d’enquête réalisé par les joueurs du site et prouvant la supercherie, Absolute Poker, qui était au courant mais essayait d’étouffer l’affaire, a finalement avoué en 2007 qu’un de ses employés haut placé était impliqué. Il utilisait un logiciel appelé « servman » capable d’écrire les historiques de mains avant le déroulement du coup !

Six autres joueurs auraient également profité de cette faille sécuritaire, qui était exploitée depuis plusieurs années.

Maxime Arnou

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Certaines histoires de triche passent parfois un peu en-dessous des radars. En voici l’une d’entre elles, survenue en juin 2015.

Scandale à l’Aria : un joueur participe à un tournoi à 25.000$ pour 125$

Aria Casino

Après s’être inscrit à un tournoi à 125$, un joueur a accidentellement été assis dans un tournoi high roller à 25 000$.

Après s’être inscrit à un tournoi à 125$, un joueur a accidentellement été assis dans un tournoi high roller à 25 000$.

« Cet homme savait clairement ce qu’il faisait et essayait de voler de l’argent du casino. »

L’homme dont parle ici Justin Bonomo est donc l’imposteur aux cheveux bouclés qui a profité d’une faille dans l’organisation d’un tournoi au casino Aria de Las Vegas.

Il y a quelques jours, ce joueur s’est en effet inscrit pour un tournoi à 125$, mais aura accidentellement été installé dans le tournoi high roller à 25 000$ du casino.
L’homme aura ensuite fait profil bas et joué son jeu.

« Il n’a pas dit un mot de toute la durée où il aura été à la table, il avait juste un casque et des lunettes de soleil. » raconte Bonomo, qui prenait part lui aussi au tournoi.
« En toute honnêteté il est assez clair qu’il essayait de s’en tirer et le voulait pas attirer l’attention sur lui.« 

Bonomo raconte aussi que l’homme a joué pendant 7 heures. Et durant ce temps il aura éliminé certains des plus grands noms de la partie.

« C’est lui qui m’a éliminé« , raconte à son tour Jason Mercier. « C’est vraiment pas de chance et j’espère qu’ils vont faire ce qu’il faut.« 

Justin Bonomo 7
Justin Bonomo

Mercier confirme lui aussi que le joueur fraudeur essayait de passer entre les gouttes.
« Il ne parlait pas beaucoup et jouait un peu en sous-marin. Il a été un peu fantasque au début, faisant des trucs bizarres comme de relancer de 6x ou autre, mais en dehors de ça il a joué assez décemment une fois que l’on a commencé à aller loin dans le tournoi. Je pense qu’il jouait simplement serré, essayant de faire un min-cash à 40 000$.« 

Les yeux du casino voient tout

Mais que vous soyez des plus discret importe peu, les chiffres ne mentent pas. La cage (la caisse du casino) a fini par remarquer qu’il manquait 25 000$ au prizepool.

« C’est à peu près 30 minutes après que les inscriptions ont été closes que c’est arrivé« , poursuit Bonomo.
« Ils ont dû calculer le prizepool avant de réaliser que quelque chose ne collait pas.

Il jouait à sa table avec 300 000 jetons, soit 3 fois le tapis de départ, et un membre du floor est venu vers lui et lui a chuchoté quelque chose à l’oreille, quelque chose qui n’a pris que trois secondes à dire.
Le floorman a alors attrapé son sac-à-dos, l’homme n’a rien dit, pas surpris, et sans hésiter il s’est juste levé et a immédiatement suivi le floorman.

Ce que j’ai entendu plus tard c’est qu’après avoir quitté la salle de poker, il a juste sprinté en dehors du casino.« 

Jason Mercier2013 WSOP Europe
Jason Mercier

L’homme aura naturellement été banni du casino, et ses jetons retirés de la partie.
Mais certains joueurs ajoutent que ce n’est pas assez, et que tout le monde devrait recevoir une compensation.

Bonomo et Mercier : « L’Aria devrait faire quelque chose. »

Jason Mercier : « Je veux dire, ils devraient prévoir quelque chose, entre un remboursement total et une autre forme de compensation pour tous les joueurs affectés.

Ils pourraient facilement ne pas faire payer le rake pour les cinq prochains tournois à tous les joueurs qui ont participé, ou quelque chose du genre je ne sais pas.
C’était définitivement une situation bizarre.« 

Bonomo n’est cependant pas tout à fait d’accord avec cette idée, et avance aussi le fait que la présence de cet intrus aurait pu bénéficier aux autres joueurs.

« Etant donné qu’il s’est inscrit, le casino aurait dû payer le complément jusqu’aux 25 000$, le retirer du tournoi, et donc partager cet argent supplémentaire entre les autres joueurs.
Mais je ne pense pas qu’on puisse dire que les joueurs ont réellement été spoliés. Ils devraient faire quelque chose pour les joueurs oui, mais je ne pense pas qu’ils doivent 25 000$ à tout le monde, ou quelque chose de fou dans le genre.« 

Aux dernières nouvelles (selon Justin Bonomo sur Twitter), le casino indemniserait finalement les joueurs éliminés par le fraudeur, d’une somme entre 3000 et 5000$.

Alexander Villegas