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Faut-il viser un objectif de volume plutôt qu’un objectif de gains au poker ?

Faut-il viser un objectif de volume plutôt qu’un objectif de gains au poker ?

De nombreux joueurs de poker aiment se fixer des objectifs précis. Cela peut vouloir dire gagner €1.000 en un mois, atteindre une certaine bankroll avant la fin de l’année, monter de limite dans les six prochains mois ou encore faire mieux que lors de la saison précédente. Sur le papier, cette logique paraît parfaitement cohérente. Après tout, si l’objectif est de gagner de l’argent grâce au poker, il semble naturel d’évaluer ses performances à travers ses gains.

Le problème, c’est que les résultats au poker – et donc l’argent gagné – ne dépendent pas uniquement de la qualité des décisions prises à la table. Même un excellent joueur peut enchaîner plusieurs semaines perdantes tout en jouant très bien. C’est précisément pour cette raison que de nombreux joueurs de poker professionnels préfèrent se fixer des objectifs qu’ils peuvent réellement contrôler : nombre de mains jouées, heures passées aux tables ou encore nombre de sessions disputées chaque semaine ou chaque mois.

La vraie question est donc la suivante : vaut-il mieux se fixer un objectif de volume plutôt qu’un objectif de gains au poker ?

Un objectif financier paraît logique… jusqu’à ce que la variance s’en mêle

Un objectif financier paraît logique… jusqu’à ce que la variance s’en mêle

Prenons l’exemple d’un joueur de cash game qui décide de gagner €2.000 pendant le mois. Il fera probablement attention à bien sélectionner ses tables, à respecter sa bankroll et à continuer de travailler son jeu en dehors des sessions. Pourtant, après deux semaines, son tracker affiche une perte de €800. C’est souvent à partir de ce moment-là que l’objectif initial commence à devenir problématique.

Le joueur ne pense plus uniquement à la qualité de ses décisions. Il commence aussi à calculer combien il lui reste à gagner avant la fin du mois. Il ne s’agit plus simplement de bien jouer : dans son esprit, il faut désormais « récupérer » €2.800 pour atteindre l’objectif fixé.

C’est exactement là qu’un objectif financier peut devenir dangereux. Il crée une pression artificielle sur une période dont le joueur ne maîtrise absolument pas le résultat.

Le poker ne suit d’ailleurs aucun calendrier mensuel. La variance ne sait pas qu’il reste dix jours avant la fin du mois et ne va pas disparaître simplement parce qu’un joueur avait prévu de gagner une certaine somme. Même un joueur très gagnant sur le long terme peut traverser une mauvaise passe, et vouloir forcer les résultats peut rapidement entraîner de mauvaises décisions et détériorer le mental game.

Certains joueurs finissent ainsi par augmenter excessivement leur volume, prolonger leurs sessions, continuer à jouer en étant fatigués ou même monter de limite dans l’espoir de récupérer plus rapidement leurs pertes. L’objectif qui devait servir de motivation commence alors à nuire directement à la qualité du jeu.

Les gains sont bien moins contrôlables que le volume

C’est probablement la principale différence entre un objectif de gains et un objectif de volume. Un joueur peut contrôler de nombreux aspects de son activité, mais il ne peut jamais décider à l’avance combien il gagnera au cours des 30 prochains jours.

Il peut choisir combien d’heures il souhaite jouer, sélectionner les tables sur lesquelles il s’installe, décider du temps consacré à l’étude ou encore arrêter une session dès qu’il sent sa concentration diminuer. Il peut également travailler son mental game, améliorer son hygiène de vie ou mieux organiser son emploi du temps.

En revanche, il n’a aucun contrôle direct sur le résultat financier immédiat de ses sessions.

Prenons un joueur de cash game online qui décide de disputer 40.000 mains dans le mois. À la fin de la période, il est très facile de savoir si l’objectif a été atteint. Avec 42.000 mains, il l’a dépassé. Avec seulement 27.000, il est resté en dessous.

Le fait que le mois se termine dans le positif ou dans le négatif ne change rien à la quantité de travail effectivement réalisée.

Avec un objectif de gains, la situation est beaucoup plus floue. Un joueur peut mal jouer pendant plusieurs semaines et tout de même terminer le mois avec €5.000 de bénéfice. À l’inverse, ce même joueur peut prendre d’excellentes décisions et finir légèrement perdant sur l’ensemble de ses sessions.

Le volume permet de mieux mesurer le travail réellement effectué

L’un des principaux avantages d’un objectif de volume est qu’il repose sur quelque chose de concret, de mesurable et que le joueur peut contrôler.

Dans les cash games online, il peut s’agir d’un certain nombre de mains. En live, le nombre d’heures passées à la table constitue un indicateur simple. Un joueur de tournois peut, lui, suivre le nombre d’events ou de sessions disputés.

Ce type d’objectif permet également de mieux structurer son activité. Un joueur qui souhaite accumuler 100 heures de cash game pendant le mois peut répartir ce temps sur plusieurs semaines, programmer des jours de repos, intégrer des périodes d’étude et organiser ses sessions autour de ses obligations personnelles.

Le poker commence alors à ressembler davantage à une véritable activité professionnelle. Au lieu d’attendre simplement de voir combien il aura gagné ou perdu, le joueur construit un cadre de travail précis. Il sait ce qu’il doit accomplir et peut ensuite évaluer la qualité du volume produit.

Jouer davantage ne signifie pas forcément gagner davantage

Jouer davantage ne signifie pas forcément gagner davantage

Il faut toutefois éviter de tomber dans l’excès inverse. Si les objectifs financiers peuvent poser problème, un objectif de volume mal conçu peut être tout aussi néfaste. Vouloir accumuler des milliers de mains ou des dizaines d’heures de jeu à tout prix peut devenir aussi dangereux que de courir après une somme précise.

Imaginons un joueur qui s’est fixé 60.000 mains sur le mois. À quelques jours de la fin, il n’en a disputé que 48.000. Pour atteindre son objectif, il commence alors à ouvrir davantage de tables, lance des sessions alors qu’il est fatigué ou accepte de jouer dans des games bien moins intéressants qu’à l’accoutumée.

Le problème devient alors très similaire à celui d’un objectif financier : le chiffre prend le dessus sur la qualité du jeu.

C’est une erreur majeure. Faire du volume n’a d’intérêt que si le joueur est capable de maintenir un niveau de performance suffisamment élevé.

En cash game, ce point est particulièrement important. Un joueur déterminé à atteindre un certain nombre de mains peut être tenté de jouer toutes les tables disponibles ou de multitabler bien davantage que d’habitude.

Comme nous l’avons déjà évoqué à propos de l’importance de la table selection, 10.000 mains disputées dans d’excellentes conditions peuvent parfois avoir davantage de valeur que 20.000 mains jouées dans des games médiocres.

Le bon objectif dépend aussi de votre capacité à rester concentré

Il ne suffit donc pas de se demander quel volume il faudrait produire. Il faut également savoir quel volume il est possible de supporter sans voir la qualité du jeu se dégrader.

Certains joueurs peuvent rester pleinement concentrés pendant cinq ou six heures. D’autres commencent à perdre en lucidité après seulement deux heures. Online, certains grinders parviennent à jouer plusieurs tables en même temps sans impact significatif sur leurs décisions, alors que d’autres deviennent beaucoup moins attentifs dès qu’ils augmentent leur nombre de tables.

Il faut donc garder une chose en tête : un objectif de volume doit toujours être adapté au joueur que vous êtes.

Il doit être suffisamment ambitieux pour encourager la discipline et la régularité, mais pas au point de pousser à jouer lorsque les conditions ne sont plus bonnes.

Sur le long terme, la qualité du volume produit est probablement bien plus importante que le simple nombre de mains ou d’heures accumulées.

Les objectifs de gains peuvent être très mauvais pour le mental game

Un autre problème majeur des objectifs financiers concerne l’aspect psychologique.

Imaginons un joueur qui souhaite gagner €3.000 pendant le mois. Il démarre très bien et atteint rapidement €2.500 de profit. L’objectif semble presque acquis, mais une mauvaise session lui coûte €1.200.

Psychologiquement, il peut alors avoir l’impression d’avoir perdu quelque chose qu’il considérait déjà comme presque sécurisé. Alors qu’il n’était plus qu’à €500 de son objectif, il se retrouve soudain beaucoup plus loin.

Ce type de situation peut favoriser le tilt et créer l’envie de récupérer immédiatement l’argent perdu. Le joueur peut prolonger une session qui aurait dû se terminer, rester sur une mauvaise table ou même augmenter les limites.

L’objectif financier devient alors un point de référence émotionnel qui finit progressivement par influencer des décisions qui devraient pourtant rester rationnelles.

L’inverse peut également se produire. Si un joueur voulait gagner €3.000 dans le mois et atteint cette somme dès le 18, il peut être tenté de réduire fortement son volume pour « protéger » son résultat.

Pourtant, si un excellent game est disponible le lendemain, le fait d’avoir déjà atteint l’objectif mensuel ne change strictement rien à la rentabilité de cette partie.

Au poker, le processus compte souvent plus que le résultat à court terme

C’est sans doute ce qui rend cette question aussi intéressante. Au poker, une bonne décision peut faire perdre de l’argent et une mauvaise décision peut en faire gagner. À court terme, il est donc très difficile d’évaluer la qualité de son travail en se basant uniquement sur le résultat financier.

Un objectif de volume bien construit permet au contraire de se concentrer sur les éléments réellement contrôlables : jouer suffisamment, travailler son jeu, sélectionner les bons games, rester concentré et respecter sa bankroll.

Bien entendu, un joueur professionnel doit gagner de l’argent sur le long terme. Personne ne peut vivre éternellement avec un excellent volume associé à des pertes constantes. Mais chercher à imposer un montant précis de gains chaque semaine ou chaque mois peut rapidement devenir contre-productif.

Au final, plutôt que de décider combien il faut absolument gagner, il est souvent plus pertinent de définir ce qu’il faut accomplir pour maximiser ses chances de devenir un joueur de poker gagnant sur le long terme.

Dans un jeu aussi fortement influencé par la variance, cette différence peut compter bien davantage qu’il n’y paraît.